UN RÉCITAL « COUSU MAIN »

L'art du « bis » n'est pas donné à tout le monde... Tristan Pfaff présente, avec un ordre subtil une série de petites pièces. On en redemande !

Le virtuose qui se lancerait aujourd’hui dans un récital entièrement consacré à ces " friandises musicales " s’exposerait probablement à la critique. L’auditeur veut aujourd’hui du consistant, du roboratif. Le " papillonnage " qui était permis il y a quelques décennies, sous les doigts d’un Horowitz, notamment, est aujourd’hui, passé de mode.Après deux albums Liszt et Schubert remarqués (et heureusement nullement indigestes), Tristan Pfaff présente une série de pièces qui ne dépassent guère les quatre minutes. Plutôt que de nous infliger Moszkowski et tant d’autres étincelles véloces et parfois un peu creuses, l’interprète a choisi de petits univers clos et quelques surprises.
Ainsi, pour une Danse rituelle du feu de Falla, on écoute en miroir les charmantes Variations sur un chant populaire russe de Kabalevski. Le Tango d’España d’Albéniz, si aisément emprunté par les guitaristes fait écho à la Marche funèbre pour une marionnette de Gounod, pièce plus reconnaissable que l’intriguant Foglio d’album de Puccini. Toutes ces partitions sont suffisamment typées et caractérisées par le jeu Tristan Pfaff pour inspirer y compris les pianistes amateurs (Nocturne op. 9 n° 2 de Chopin, Gymnopédie n° 1 de Satie, Prélude BWV 999 de Bach, Valse triste de Sibelius…). Qui plus est, le soin apporté aux détails, à la variété des respirations (Montaigus et Capulets de Prokofiev, Der Dichter spricht de Schumann) est des plus convaincants. Une très belle idée qui confirme la valeur d’un artiste à la forte personnalité.