Trois concerts de Lola Gruber

L’été enfin ! Et avec lui la perspective radieuse d’avoir au moins 2 heures devant soi pour lire ! Mais lire quoi ? Ne cherchez plus, voici LE roman à emporter avec vous en vacances. Trois concerts de Lola Gruber. Aux Editions Phébus

Je dois avouer qu’à plusieurs reprises pendant ma lecture, j’ai posé mon livre, incrédule.

Comment peut-on si bien parler de la musique ? De ses extases et de ses tourments ? Et si bien parler des musiciens, leurs intransigeances, leurs vertiges, leurs mesquineries et leur grandeur ?
Et ceci sans faiblesse, sans pédanterie, gardant d’un bout à l’autre son lecteur captivé par l’intrigue.

Lola Gruber réussit cet exploit.

Elle écrit comme on joue, la plume vive, alerte, indéfectiblement juste, une partition pour trois solistes d’égale importance, trois personnages, dont les lignes de chant se répondent et se croisent.

D’abord, il y a le maître. Victor Sobolevitz. Le violoncelliste de légende (qu’elle invente de toute pièce). Un homme ombrageux et superbe qui a interrompu subitement sa carrière à la mort de sa femme, et est devenu un vieillard acariâtre, qui vit reclus dans ses souvenirs et son amertume.

Ensuite Clarisse. Petite fille asociale et étrange qui n’a d’autre talent que celui d’entendre la musique avant même de la jouer. Un jour, à 7 ans et demi, elle se hisse sur la pointe des pieds pour décrocher le combiné d’une cabine téléphonique et appeler Sobolevitz. Pourrait-il lui donner des cours ? Le grand homme à l’autre bout du fil fronce les sourcils. Est-ce une plaisanterie ? Non, elle n’a jamais été aussi sérieuse. Son numéro, elle l’a trouvé dans l’annuaire et elle paiera, c’est promis, pour la leçon.

Pourquoi Sobolevitz accepte-t-il ? Qu’a-t-elle de plus cette gamine, pas très jolie, un peu gauche, cette « vilaine petite merveille », comme il dira plus tard, pour que contre toute attente ce misanthrope décide de la prendre pour élève ?

C’est ce que cherche à savoir, bien des années après, le critique musical Rémy Nével.
Séduisant, brillant, ambitieux, intriguant aussi, dans les deux sens du terme, le jeune homme est devenu l’amant occasionnel de Clarisse Villain, sans que l’on sache s’il est mu par la sincérité ou par le calcul.

Mais pourquoi au fait, s’intéresse-t-il tant à Sobolevitz?

L’histoire palpitante de Trois concerts pourrait déjà suffire à nous emporter. Mais Lola Gruber a surtout cette faculté à traduire avec de simples mots l’émotion de la musique, qui fait que ce livre est plus qu’éblouissant. Il est rare.

Si vous ne devez lire qu’un roman cet été, emportez-celui là.

Élodie Fondacci

Les derniers coups de cœur de Radio Classique :