TRISTAN MURAIL EN HAUT DE LA VAGUE

En chef d'orchestre complice et inspiré, Pierre-André Valade s'approprie trois pages orchestrales inédites au disque de Tristan Murail.

Dès Sables, en 1975, Tristan Murail jouait avec " une trame harmonique en évolution permanente ", où les notes " sont considérées comme de simples grains de sable, dont l’accumulation va créer des formes, des dunes " (Murail). Un langage original, dérivé du Debussy de La Mer et de Jeux, mais aussi de Couleurs de la Cité Céleste d’Oliver Messiaen (dont il fut l’élève), que l’on retrouve exploré différemment, vingt ans plus tard, dans Le Partage des eaux ­ commande de Radio France.Le mouvement de la vague et du ressac, comme d’autres phénomènes physiques chers à Tristan Murail, se trouve une nouvelle fois magnifié dans une partition d’une vingtaine de minutes, où toute la richesse de l’orchestre respire au rythme d’une polyphonie d’une densité inouïe ­ sorte de bain aquatique pénétré de mille couleurs créé par un gigantesque unisson de timbres, couronné par deux harpes en majesté.
Pour ce Partage des eaux d’une ivresse saisissante, qui ferait passer la dynamique surround de Bernard Herrmann pour un orchestre musette, la direction complice de Pierre-André Valade est un atout, bien servi par l’Orchestre de la BBC et une prise de son ad hoc. Plus inhabituel chez Tristan Murail, l’esprit free-rock de deux guitares électriques saturées d’électronique et combinées à l’orchestre de Contes cruels (2007). L’architecture savante de Sillages, dont Seiji Ozawa assura la création au Japon en 1985, reflète l’intérêt du compositeur pour le jardin de pierres oriental, dans la finesse distillée du cliquetis minéral de bruits de clefs, le souffle des flûtes et un jeu approprié des cuivres qui se superposent à la masse tournoyante des cordes.
Bien qu’il troque l’Orchestre de la BBC du Partage des eaux pour celui de la Radio néerlandaise, Pierre-André Valade dirige Contes cruels et Sillages avec autant de savoir-faire.