Thierry Escaich, la musique vivante

1. Dans la deuxième partie du XXe siècle, la musique savante était parfois devenue si sophistiquée, si complexe, et nécessitait un tel arsenal technologique qu’on se demandait parfois si elle allait pouvoir être rejouée. Des blocs s’opposaient, des concepts s’affrontaient, des idéologies marquaient le pas sur ce qu’avait dit Claude Debussy, le père de la musique moderne : « chercher humblement à faire plaisir ». Il semble qu’on soit revenu de toutes ces expériences étranges qui, si elles stimulaient l’intellect d’une poignée d’aficionados, laissaient l’amateur de marbre.
Thierry Escaich est un compositeur ouvert à tous les courants, pourvu qu’ils soient animés par une pensée musicale, et non seulement par la spéculation. Il veut séduire par sa musique, mais n’en est pas pour autant démagogique. Il a gardé un pied dans la pratique musicale (l’orgue, voire l’accordéon), a su conquérir des publics lointains et divers, ce qui le préserve d’une quelconque froideur d’expression, et lui permet de ne pas perdre de vue la chair de la musique.
Son dernier enregistrement, couronné d’un Choc de l’année par Classica (Les Nuits hallucinées) est le fruit d’une résidence à l’Orchestre national de Lyon. On y sent toujours le besoin de communiquer avec l’auditeur, en même temps qu’un langage original, raffiné, mais ne tournant pas sur lui-même. L’important, en musique, c’est les idées, pas l’idéologie. Thierry Escaich sait les mener à bout, les développer, les construire avec une force et un souci expressif que l’on sent immédiatement, sans avoir besoin d’explications, de discours fumeux ou de théories élaborées.
Ce n’est parce que Beethoven a dit à ses musiciens : « Ce n’est pas pour vos misérables cordes que j’écris » que ceux qui ont mis leurs petits pieds dans ses traces de géant avaient le droit de mépriser leurs auditeurs et de polluer l’espace sonore en terrorisant le monde. La beauté a encore des lendemains qui chantent. Tant mieux !
2. J’apprends avec une grande tristesse la disparition de Véronique LeGuyader qui s’occupait, chez Universal, d’artistes tels que Cecilia Bartoli, Renee Fleming, Jean-Yves Thibaudet, Nelson Freire… Véronique était une femme exceptionnelle qui adorait son métier et qui le faisait mieux que personne, avec passion, énergie, avec amour. Elle était aussi proche de ses artistes que de certains journalistes qui partageaient sa manière de travailler. Elle était très malade, mais n’en parlait qu’à ses amis. Elle priait une heure chaque matin. Cela lui donnait une force gigantesque et lui permettait d’oublier ses souffrances pour aller vers les autres. Le monde de la musique perd l’une de ses plus belles chevilles ouvrières.

Voici le programme de Thierry Escaich :
-Malher : Symphonie n 4 3em mouvement par L Bernstein
-Galliano ; CD New York Tango « fou rire »
-Handel; concertos pour orgue et orchestre par M C Alain (n 4 )

Comme choix musicaux:
-Beethoven : Ouverture de Promethée
par le Cercle de l’Harmonie Dir: J Rohrer
– Laurent Petitgirard: GURU (opéra)
– Bartok: Musique pour cordes perc et celesta mouvement 2 (allegro)