Symphonies de Schubert par Pablo Heras-Casado

Le jeune compositeur Franz Schubert, sorti de l’adolescence, n’aurait pas désavoué l’interprétation fougueuse et débordante d’énergie de ces partitions par le chef espagnol Pablo Heras-Casado.

Si l’influence de Haydn, Mozart et Beethoven innerve ces partitions de jeunesse, elles n’en laissent pas moins apparaître la volonté de Schubert de s’en affranchir, décelable dans l’utilisation d’une palette de couleurs et d’un ton nostalgique des plus personnels. Elles furent mal accueillies par les critiques de l’époque qui les jugeaient inabouties, incohérentes et excessives. Un univers mouvant et exalté que la baguette vigoureuse du jeune chef espagnol dompte avec brio. Il nous entraîne sans ménagement à la découverte d’un Schubert fougueux et énergique, qualités en parfaite harmonie avec l’esprit juvénile qui anime ces deux opus. Ce faisant, ces interprétations se rapprochent de celles d’Immerseel avec l’Orchestre Anima Eterna (Sony). Heras-Casado s’appuie sur un orchestre à la vitalité stupéfiante qui compense son relatif manque de densité par un jeu subtil sur les clairs-obscurs et les con­trastes dynamiques ainsi que sur une large palette de couleurs.
Des caractéristiques qui mettent en lumière le caractère primesautier de la Symphonie n° 3, souligné par des vents lumineux et virtuoses et des traits de cordes tranchants et aériens. L’Allegretto permet d’admirer la délicatesse des textures sonores ainsi que la minutieuse alchimie de timbres. La violence rythmique du Menuetto ainsi que la vélocité supersonique du Presto vivace pourront heurter les âmes sensibles qui regretteront les versions plus souples d’Abbado avec l’Orchestre de chambre d’Europe (DG) ou d’Harnoncourt avec le Royal Concertgebouw d’Amsterdam (Teldec). Les mêmes options interprétatives sont reprises dans la Symphonie n° 4 comme en témoigne la déflagration des timbales et des cuivres de l’Adagio initial. La richesse des couleurs de l’orchestre magnifie la poésie de l’Andante laquelle con­traste avec la rusticité d’un Menuetto à la rythmique martelée à l’extrême. Enfin la symphonie se referme sur un Allegro bondissant, fébrile mais toujours précis. Des lectures provocatrices et envoûtantes qui se hissent au sommet de la discographie des œuvres sur instruments d’époque.
Franz Schubert
(1797-1828)
CHOC
Symphonies n° 3 D. 200 et n° 4 " Tragique " D. 417
Freiburger Barockorchester, dir. Pablo Heras-Casado
Harmonia Mundi HMC902154. 2012. 54′ Nouveauté