Sur Les Cendres en Avant embrase le Théâtre du Rond-Point

Le titre interpelle - Sur les cendres en avant - il sonne comme une drôle de formule incantatoire. Et c’est peut-être bien là la nature de cette pièce de théâtre écrite et composée par Pierre Notte. Car oui, il s’agit d’une pièce de théâtre intégralement chantée. Pendant une heure et demie, quatre femmes vont tenter de conjurer le mauvais sort qui s’abat sur elles et lutter, en chantant, contre un destin qu’elles n’ont pas choisi.

Les quatre comédiennes-chanteuses sont accompagnées en direct par une pianiste (Donia Berriri). La pièce s’ouvre sur les appartements mitoyens de Mademoiselle Rose (Chloé Olivères) d’un côté et de Macha (Blanche Leleu) et sa sœur Nina (Elsa Rozenknop) de l’autre. L’appartement de Mademoiselle Rose a intégralement brûlé, la cloison qui la séparait de ses voisines est aussi partie en fumée. Les voilà obligées de cohabiter. S’exhibent alors au grand jour l’intimité et les douleurs jusqu’à présent méconnues. Macha se prostitue pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa petite sœur Nina.  Elle voudrait pouvoir lui offrir une vie meilleure. Nina, elle, rêve de Broadway, de claquettes et de liberté mais elle se mutile les jambes avec un épluche légume ce qui l’empêche de marcher. Quant à Mademoiselle Rose, elle reste assise sans bouger dans son appartement incendié et repense en boucle à la vie qu’elle n’a jamais eue. Surgit dans ce tableau une quatrième femme (Juliette Coulon) : la femme au fusil, la femme bafouée, la femme trompée qui vient pour éliminer Macha la prostituée qui a couché avec son mari.
C’est la lutte. Elles sont toutes ennemies, elles se font mal, elles se déchirent mutuellement, elles ne se comprennent pas. Jusqu’à ce que les masques tombent et que les histoires se racontent. Alors ensemble, elles commencent à espérer ; ensemble, elles commencent à comprendre qu’elles peuvent se sauver, qu’elles n’ont plus besoin d’attendre l’amoureux, le mari, le père pour vivre et se réparer ; qu’elles peuvent transcender le destin mauvais ; se construire sur un champ de ruines. Sous l’impulsion de Mademoiselle Rose, elles vont se lever et « sur les cendres en avant » aller à la conquête de leur vie.
Le chant leur permet tout à la fois de raconter leur trivialité avec un humour féroce, de partager leur misère avec une rare poésie et d’imaginer leur avenir avec une fièvre lyrique. Mais ce n’est surtout pas une comédie musicale. Voilà réellement du théâtre chanté où l’on devine les influences de Jacques Demy et Michel Legrand. « Le chant impose ses lois, crée du jeu. J’ai confiance en son pouvoir » explique la comédienne Blanche Leleu. Seule, la voix off ne chante pas. Elle décrit. Cette voix est tout à la fois caustique et bienveillante, une voix de femme dans les graves, un brin éraillée, qui rassure et qui se moque et qui n’est autre que Nicole Croisille !  
Evidemment, il faut aller voir ce quatuor de bras cassés féminins qui forment un ensemble tout à la fois drôle et émouvant, qui nous rappelle nos vies et nous donne l’envie de nous relever nous aussi !  
Sur les cendres en avant au Théâtre du Rond-Point. 2 bis, av. Franklin-Roosevelt (VIIIe). Tél.:01 44 95 98 21.Horaires: du mar. au sam. à 21h, dim. à 15h30. Jusqu’au 14 ;mai. Places: de 16 à 31€.