Strauss, Beethoven et Mahler par Mariss Jansons

Pour faire de beaux DVD, c’est simple, prenez des solistes de premier ordre, un orchestre et un chœur engagés, faites diriger l’ensemble par un chef exceptionnel comme Mariss Jansons, et le tour est joué…

Nous ne manquons pas aujourd’hui de versions de la Résurrection en DVD. Une douzaine d’enregistrements en tout depuis la lecture de Bernstein en 1973. Jansons, déjà, mais avec le Concertgebouw d’Amsterdam (RCO Live, 2009) offrait une approche raffinée : beauté des pupitres, contrôle millimétré des nuan­ces, mais au détriment de la cohérence d’ensemble. Ce concert est encore bien supérieur. Superbement filmé, il nous laisse entrer au cœur d’une formation " hors-classe ". Jansons y fait de la musique de chambre à l’échelle de l’orchestre mahlérien. Plus engagés et fouillés encore qu’avec le Concertgebouw, les pupitres du RSO de Bavière possèdent une texture d’une densité inouïe. Ils caractérisent chaque mouvement avec une science du son et une souplesse uni­ques. Ce concert est aussi l’occasion d’entendre la soprano Anja Harteros. Une voix phénoménale d’intelligence, de puissance et de qualité de timbre. Elle s’associe parfaitement à Bernarda Fink. En bonus, l’arrangement pour 16 voix, par Clytus Gottwald, du Lied Ich bin der Welt abhanden gekommen. Le Chœur de la Radio de Bavière donne une lecture pudique et diaphane de cette page qui, hélas, perd, une partie de son intensité lyrique.
Simultanément paraît un second DVD à mettre au crédit du chef et de l’Orchestre. Le Concerto en ut mineur de Beethoven avec Mitsuko Uchida est un " must ". La rigueur chantante de l’accompagnement, la précision du moindre phrasé, cha­que détail accompagne le raffinement du jeu perlé de la soliste. Le toucher, à l’opposé de sa tenue vaporeuse, est dense et vibrant de tensions (l’introduction du Largo est un miracle). Jansons joue autant de la fragilité que du caractère altier des climats. Une splendeur. Une vie de héros est une démonstration d’orchestre. Elle est parcourue de bout en bout par des climats mystérieux, l’ironie et le lyrisme. Qui douterait que la musique de Strauss n’est pas d’une prodigieuse modernité ? Deux beaux DVD à ­découvrir !
Mariss Jansons
(chef d’orchestre)
CHOC
Mahler : Symphonie n° 2 " Résurrection "Anja Harteros (soprano), Bernarda Fink (alto), Chœur et Orchestre de la Radio de Bavière, dir. Mariss Jansons
Arthaus Musik 101685 (Harmonia Mundi). 2011. 1 h 36′ Son §§§ Image §§§
Beethoven : Concerto pour piano n° 3. R. Strauss : Une vie de héros
Mitsuko Uchida (piano), Orchestre de la Radio de Bavière, dir. Mariss Jansons
Arthaus Musik 101683 (Harmonia Mundi). 2011. 1 h 35′ Son §§§ Image §§§