Salvador : Le bitcoin devient la monnaie officielle

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Le Salvador, plus petit pays d’Amérique centrale tente le tout pour le tout… avec le bitcoin ! Les autorités en ont fait une monnaie légale, cette semaine, à côté du dollar américain. Il faut savoir que le Salvador n’a plus de propre monnaie depuis 20 ans, ça s’appelait le colon.

En PIB/habitants, le Salvador est au niveau de la Mongolie et du Kosovo

6,5 millions de Salvadoriens sont invités à créer un portefeuille numérique, le « Chivo » où ils récupèrent un petit cadeau du gouvernement, l’équivalent de 30 dollars en bitcoins, soit 0,00065 bitcoins qu’ils peuvent l’utiliser dans les commerces depuis mardi. Soit les commerçants l’acceptent, soit c’est transformé en dollar, via ce portefeuille Chivo. 30 dollars, c’est une petite somme, utile dans un pays où un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté. En PIB/habitants, le Salvador est au niveau de la Mongolie et du Kosovo. Il exporte principalement du textile (des t-shirts, des pulls, des chaussettes), mais aussi du papier toilette.

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Mais on sait à quel point les cours de cette cryptomonnaie sont volatils. Le gouvernement espère qu’avec cette initiative, les transferts d’argent seront moins chers. Trois millions de Salvadoriens vivent à l’étranger, ils envoient de l’argent à leurs proches et cela représente 22% de l’économie du pays ! Des transferts pénalisés aujourd’hui par de fortes commissions bancaires, qui ne le seraient plus avec des transactions en bitcoin. C’est aussi une façon de donner au bitcoin une forme de respectabilité : avec un sceau gouvernemental, vous espérez que cette monnaie va se stabiliser un peu.

 

Le bitcoin n’est adossé à rien, ni l’activité économique, ni à un stock d’or ou à une production de matière première

Or avant même l’application de la réforme, 70% de la population était contre, sans compter que le serveur informatique qui gère le portefeuille numérique Chivo a crashé dès le premier jour. Il a été rétabli depuis. Et pour ne rien arranger, le bitcoin, le jour-même du démarrage de cette opération, a plongé de 17%. De toute évidence, le bitcoin ne peut pas être « respectable ». Souvenez-vous, Elon Musk avait investi des centaines de millions de dollars en bitcoins, et voulait permettre l’achat de ses voitures Tesla en bitcoins. Ça a duré 6 semaines, ensuite il s’est souvenu que c’était très polluant. Cet été, il a de nouveau changé d’avis. À chaque fois, les cours du bitcoin se cabrent dans tous les sens.

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Il faut simplement rappeler le caractère de base du bitcoin. Aucune banque centrale n’a de prise sur lui. Il n’est adossé à rien. Pas à l’activité économique, ni à un stock d’or ou à une production de matière première. Il n’est adossé qu’à son niveau de désirabilité : tant que la demande continue d’augmenter il peut grimper. Si six millions d’habitants d’un pays l’adoptent, ce n’est pas rien. Mais il suffit qu’arrive un simple sentiment, que le marché se dise qu’on a atteint une taille critique, et là on n’aura plus que des vendeurs. En vérité, pour le gouvernement salvadorien, c’est un petit plan de relance déguisé. 30 dollars par tête, ça fait 192 millions de dollars potentiellement injectés dans l’économie. Et puis c’est une forme d’innovation, en politique. Un peu le concept salvadorien du fameux slogan français des années 70 : on n’a pas de pétrole mais on a des idées.

François Geffrier

 

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