Rolando Villazon sous le soleil de Mexico

 Quand je travaillais au Monde de la Musique, les spécialistes de l’opéra du journal détestaient Rolando Villazon. Pour eux, c’était la décadence du chant : air connu et maintes fois entonné au cours des siècles. Ah si vieillesse pouvait, ah si jeunesse savait… Les critiques ont la qualité d’exister et de lancer le débat, mais ils ont un défaut : ils n’aiment pas ce qui est nouveau. Comme disait Louis XVIII à l’un de ses lieutenants : « Je vous garde, malgré vos limites, car j’ai horreur des nouvelles têtes. »

Quand il a fallu faire un reportage sur ce nouveau ténor, c’est moi qui suis parti à Berlin où il chantait Carmen, sous l’oeil apitoyé de mes collègues, alors que je n’étais pas un maniaque du gosier doublé d’un censeur patenté de la glotte.

J’ai adoré Rolando de manière inconditionnelle, car c’est un vrai artiste. Horowitz et Samson François avaient aussi leurs jours « sans », mais lorsqu’ils étaient à leur sommet, ils n’avaient pas de rivaux. Comme disait René Char (je cite de mémoire) : « Celui qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience. » Rolando Villazon possède une technique et une connaissance du chant plus grande que ceux qui pensent le contraire, mais, lorsqu’il est sur scène, habité par un rôle, il s’y lance à corps perdu.

Pour cette émission, nous n’avons pas pu diffuser la moitié de son programme, car Rolando a été très bavard. Certains s’en plaindront. De la musique avant toute chose, gémiront-ils. Mais comment interrompre cet homme habité par son métier, cultivé, intelligent, drôle, profond ! Cela m’épate qu’entre deux représentations de L’Elixir d’amour de Donizetti, à la Scala de Milan, devant le public le plus difficile du monde, dans ce temple de l’opéra, il parle autant, avec une telle générosité devant un micro, dans un studio trop climatisé, alors qu’il devrait rester au chaud, se taire, économiser ses forces, ou s’en tenir au minimum syndical promotionnel. Quel homme ! Et quelle leçon il nous donne lorsqu’il avoue parler avec les clochards de son quartier. Entre celui qui va à la messe, qui juge, qui condamne, qui donne des leçons, et celui qui va à la rencontre des plus démunis, d’égal à égal, sans condescendance, « à la manière d’un grand soleil » comme chantait Georges Brassens, grand mécréant devant l’Eternel, lequel est le plus près de Dieu ?

2. Juste après l’interview de Rolando Villazon, je suis allé à l’Elysée pour interviewer Carla. Elle m’a reçu avec gentillesse et simplicité, belle comme le jour. Aucune question n’était taboue, aucun conseiller n’était présent pour aseptiser la communication. Ce fut un moment de grâce. L’entretien sera diffusé lundi prochain (11 octobre) à 21 h, juste avant le concert que la pianiste Brigitte Engerer a donné pour les malades, leur famille et le personnel soignant en l’église Saint-Louis de l’hôpital de la Pitié Salpétrière à Paris, organisé conjointement par le service culturel de l’hôpital, la fondation Carla-Bruni-Sarkozy pour l’accession à la culture, l’association L’enfant à l’hôpital et Radio Classique.