Rodin, les mains d’un art magistral

Demain, découvrez en salle l’homme qui a inversé les hiérarchies de la sculpture. Il a fait de l’argile une reine et de l’or un simple subalterne. Emporté dans une quête effrénée de vérité, ce génie a révolutionné son art. On connait de Rodin sa passion destructrice avec Camille Claudel, mais dans ce film on découvre davantage l’artisan surnommé en son temps le « Bouc sacré ». « Avant de penser être un artiste, mon ambition c’était d’abord d’être un bon ouvrier » dit-il, barbe drue et mains épaisses. Le culte qu’il voue au travail est intimement lié à sa quête du beau, car « la beauté on ne la trouve que dans le travail, sans lui on est foutus ». Il affine, brise, polit, écorche et cisèle sans respect des normes esthétiques de son temps, se fiant toujours à la lumière sur la matière. Il lui faudra attendre 1880, alors qu’il a quarante ans déjà, pour que l’Etat français lui passe enfin commande : il devra tailler la Porte de l’enfer. Ce travail titanesque abritera le fameux baiser et le penseur. Autour de sa construction, la vie de l’artiste se déchire, malmenée par des tumultes sentimentaux. Le nouveau film-documentaire de Jacques Doillon dresse le portrait intime d’un homme puissant et faible à la fois, superbement incarné par Vincent Lindon. Un bel hommage à la sculpture de Rodin mais aussi à celle de Camille Claudel.

Clémence F.D