Robert Hossein et ses souvenirs

Laissons-lui la parole :
« Personne n’est indispensable, mais tout le monde peut être utile aux autres. Mes spectacles sur l’histoire sainte donnent, je crois, envie de vivre et d’exister, mais surtout d’aimer, d’aider les autres et de partager.
« C’est ce que je retrouve dans les chœurs des Passions de Jean-Sébastien Bach. Pas besoin de croire pour être dans les bras de Dieu. Quand j’étais jeune, je vivais en parasite chez Daniel Gélin parce que je n’avais pas un rond. Avant de partir jouer au théâtre, il me disait : « Finis ce qu’il y a dans le frigo, ça ne se conserve pas. » Evidemment que ça se conservait ! Alors, j’appelais les copains et on bouffait tout ce qu’il y avait. La belle affaire de croire ou de ne pas croire. L’essentiel, c’est de se rendre compte que les trois-quarts de l’humanité vivent mal. Il faut être à l’écoute de la maladie, de la misère. J’ai été baptisé à quarante ans par l’aumônier des spectacles qui m’a mis un peu de flotte sur la tête, mais je devais être chrétien avant ma naissance parce que j’ai toujours été bouleversé par la souffrance des autres.
« Quand j’étais petit, on n’avait rien, mais ma mère donnait tout ce qu’elle avait et il y avait toujours du bortch à la betterave pour ceux qui venaient. Son père était richissime et a tout perdu à la Révolution russe. Des étudiants l’ont raccompagné à la frontière et ma mère est devenue actrice en Allemagne. Mon père jouait du piano. Il venait de Samarcande (merci Roberto NDR), une ville perse occupée par les Russes (aujourd’hui en Ouzbékistan). Pour gagner sa vie, il a proposé ses services dans les studios. C’est là qu’il a rencontré ma mère. Ils parlaient russe tous les deux. Coup de foudre. Avec la montée du nazisme, ils sont venus en France. Je suis donc né à Paris. Ma mère travaillait comme modiste, mon père composait des symphonies, des concertos. Il jouait du tar comme un dieu. On vivait à l’hôtel avec les toilettes au deuxième étage et l’eau sur le palier. Notre voisin était un peintre qui payait sa chambre avec ses toiles à la fureur du taulier qui jouait aux fléchettes dessus et qui voulait l’expulser parce qu’il faisait cuire du hareng sur le palier. Ce peintre me disait : « Un jour, je serai millionnaire. » C’était Poliakoff ! Mes parents étaient des gens merveilleux qui aidaient tout le monde. Grâce à eux, j’ai été bercé par la musique russe : Tchaïkovski, Moussorgski, Rachmaninov, et la littérature russe : Tolstoï, Pouchkine, Dosto, Lermontov…
« En traînant dans le quartier latin, j’ai rencontré Boris Vian, Sidney Bechet, Sartre, Beauvoir. Jean Genêt m’a dit que j’avais une gueule de voyou et m’a fait jouer dans sa pièce. Je suis devenu acteur par hasard. Je ne suis pas devenu musicien parce que j’étais peut-être trop en admiration devant mon père. Il me faisait penser à tous ces grands musiciens comme Mozart ou Beethoven qui passent leur vie à essayer de faire jouer leur musique. Plus tard, je l’ai engagé pour écrire la musique de tous mes films. Il me disait : « Je suis né pauvre avec une cervelle riche. Je préfère ça que le contraire ! » Il me disait aussi : « Pour un artiste, le plus difficile, c’est les cinquante premières années, après ça va. » Il me racontait des contes et des légendes. Tout ça me revient comme si c’était hier. Avec les copains, on entrait en fraude dans les cinémas, par la porte où les gens sortaient pour voir Gary Cooper et Errol Flynn, les héros de mon enfance. J’ai passé ma vie à faire la manche et je n’en ai jamais eu honte. Quand j’étais jeune, c’était : « T’as pas vingt balles ? » Aujourd’hui, pour mes spectacles, c’est : « Vous n’avez pas cinq cent mille balles ? » J’ai vécu dans des palaces et dans des chambres de bonne comme un yoyo.
Pour Une femme nommée Marie, à Lourdes, cet été, on a accueilli vingt-cinq mille personnes gratuitement dont quatre mille malades. A Paris, on fera payer dix euros à tout le monde parce qu’on n’a pas le droit de faire de l’argent avec ces grandes histoires humaines. »
Voici son programme :
3 madeleines :

– Charles Aznavour : « la bohême »
– Léo Ferré : « Avec le temps »
– Edith Piaf : De l’autre côté de la rue

Morceaux classiques :

– « la Symphonie des sables » par André HOSSEIN
– « La valse triste » de SIBELIUS
– le final de « La Passion selon Saint-Jean » de BACH, si possible par
Harnoncourt