RIFIFI POLITICO-MUSICAL À SAINT-ÉTIENNE

Directeur musical de l’Orchestre symphonique de Saint-Étienne (OSSEL) et de l’Opéra-Théâtre de la ville depuis 2003, Laurent Campellone a remis sa démission vendredi dernier, le 16 mai 2014.

Depuis le 30 avril, le chef d’orchestre ne dirigeait plus aucun concert, suite à la suspension de ses fonctions par la mairie de Saint-Étienne.
Selon Gaël Perdriau (UMP), nouveau maire (UMP) élu en mars dernier, il manquerait 1 millions d’euros dans les caisses du théâtre. Toujours selon la nouvelle équipe municipale, les travaux de réfection engagés dans le bâtiment, et le souhait de raccourcir la durée des saisons à venir ne seraient qu’une manipulation permettant de réduire ce déficit. Laurent Campellone n’est pas le seul acteur culturel de la ville a être visé par cette décision, puisque cinq autres cadres ont également été suspendus en raison de : "graves dysfonctionnements" à l’Opéra-Théâtre.
À l’AFP, le chef d’orchestre a déclaré samedi soir que sa décision était "dictée par son honneur et sa dignité ", précisant : "Je suis suspendu de mes fonctions de chef d’orchestre depuis trois semaines sans qu’on m’ait dit ce que l’on me reproche. Cette suspicion intolérable est une atteinte grave à mon image publique. Le respect mutuel et la confiance réciproque nécessaires à ma fonction sont rompus. J’ai été patient, mais je ne peux plus travailler dans ces conditions". En outre, il affirme n’être : "en rien responsable des décisions concernant les budgets ou la sécurité sur lesquelles on m’a interrogé. Ma charge, c’est de diriger des concerts, d’organiser des répétitions avec les musiciens d’être une force de proposition artistique dans la Maison. Je n’ai pas non plus vocation à rentrer dans des querelles politiciennes. Ma vie c’est la musique, je suis là pour servir des compositeurs et cette passion".
Marc Chassaubéné et Michel Béal, respectivement adjoints à la Culture et adjoint aux Ressources humaines de la ville de Saint-Étienne, ont indiqués qu’ils : "ne souhaitent pas que la décision de Laurent Campellone lui permette de se soustraire à l’enquête administrative et aux mesures disciplinaires qui sont engagés". Le maire a indiqué que : "L’enquête administrative, réalisée par le service des ressources humaines de la ville, et l’enquête technique, confiée au Cabinet Veritas, débuteront lundi. Elles seront suivies par un audit financier pour lequel une consultation a été lancée auprès de cinq entreprises."
Maurice Vincent (PS), Sénateur de la Loire et ancien maire de la ville a, quant à lui, soutenu le chef d’orchestre sur son blog, dès le 16 mai dernier ; écrivant qu’il : "est scandalisé, comme beaucoup de Stéphanois, par sa mise en cause invraisemblable et injuste par le maire M. Perdriau, dans le cadre de la véritable " purge " engagée contre les cadres de l’Opéra-Théâtre et du secteur culturel de notre ville : 9 suspensions prononcées, 5 maintenues. Du jamais vu après une alternance municipale à Saint-Etienne, ni ailleurs ! Je tiens à remercier vivement Laurent Campellone pour le travail accompli depuis 2004 dans notre ville, son talent créatif, la progression continue de notre orchestre qui lui doit beaucoup, sa capacité à démocratiser l’accès à la musique, l’image positive de notre ville qu’il a portée partout dans le monde. Tous les prétextes du monde que les élus actuels iront chercher n’y changeront rien : ils viennent de porter un coup redoutable à l’image culturelle de notre ville, à la réputation d’un homme et d’un artiste. Au-delà de la faute morale, c’est toute notre cité qui en souffrira, car nul doute que cette affaire pitoyable aura des retombées négatives importantes et durables."