RICCARDO MINASI RESSUSCITE VINCI

Tout est superbe dans cet opéra, tant le livret de Métastase que la musique bouleversante de Vinci, servie par une équipe de musiciens exceptionnels.

Après le Siroe de Hasse et le récital des Cinq contreténors, tous deux salués dans ces pages (numéros 169 et 171), voici le troisième blockbuster baroque de Decca en six mois. Tandis que la couverture met en avant les stars Fagioli et Cencic, l’absence de dames à l’affiche peut étonner. Mais déjà on comprend : cet opéra romain, créé en 1728 au Teatro delle Dame, ne pouvait employer de cantatrices, con­formément au décret papal proscrivant les femmes de la scène. Des castrats incarnaient donc les deux rôles féminins, tenus ici par Sabadus et Yi.
Le livret de Métastase, conçu pour le public de la ville éternelle, est une variation sur le thème de la Rome républicaine (Caton) résistant à l’impériale (César). Cependant, le poète y équilibre subtilement la rhétorique des deux camps, évitant dans cette version originale la fatuité de ses nombreux imitateurs et adaptateurs. Premier à mettre en musique cette tragedia souvent reprise par la suite, Leonardo Vinci ­mérite largement cette parution, qui le fera connaître autrement que de nom ou au détour d’une anthologie. Aussi savant et singulier que les plus grands, le Napolitain est constamment heureux dans la variété des airs (la fugue de " Va, ­ritorna al tuo tiranno ! "), comme dans la tension du récitatif, indispensable à l’intrigue politique. La véhémence fantasque de ­Fagioli répond à l’ardeur tranchante de Juan Sancho dans un face-à-face éruptif entre les deux chefs.
Aux ­côtés d’un Sabadus quel­que peu monotone, Cencic en amant contrarié montre ses qualités de nuance, particulièrement émouvantes dans " So che pietà non hai ". ­Pré­cieux soutien, la pulsation saillante du Pomo d’Oro donne à l’ensemble une ­vitalité irrésistible. Viva Vinci !