La Revue de Presse du jour – 30/01/2017

La présidentielle à la Une bien sûr. Attention : « tout peut arriver »…

« Tout peut arriver », c’est un titre de film, c’est aussi celui du Figaro… 2017, le scrutin où tout peut arriver.
Par exemple, que les courbes de François Fillon et Emmanuel Macron se croisent, puisqu’ils sont maintenant au coude à coude, 22% et 21% selon l’étude Kantar-Sofres… La qualification de François Fillon (fragilisé, souligne à la Une L’Opinion qui annonce de nouvelles révélations dans Le Canard Enchaîné) n’est plus garantie !
Présidentielle introuvable, dingo, élection toboggan, grand chamboule-tout, ça ressemble à un jeu de quilles ou à un épisode de The Voice… Le Monde ne manque pas d’images (empruntées d’ailleurs à des élus) pour qualifier le scénario improbable.
Encore une : « On se croirait devant un film de Quentin Tarantino… Un de ces pastiches de série B où chaque personnage qui semble promis aux premiers rôles se retrouve ‘fumé’ d’un coup de Magnum »

C’est la forme contemporaine du fameux « Sortez les sortants » !

Appelons ça « le dégagisme » (qui ne concerne par le FH !) Le dégagisme, c’était le slogan de la démocratie tunisienne à l’encontre de Ben Ali, aujourd’hui récupéré par Jean-Luc Mélenchon. Mais lui-même a des raisons de s’inquiéter de la victoire de Benoît Hamon à la primaire de gauche.
Le pari de Benoît Hamon, selon l’un de ses plus proches cité par Les Echos, le député Régis Juanico, est de « ringardiser Mélenchon ».
Ringardiser Mélenchon officieusement, rassembler la gauche officiellement… Mais comme le dit dans un élan une dizaine de journaux, de La Croix à Sud-Ouest en passant par Libération, le plus dur commence maintenant pour Benoît Hamon…
On se frotte les yeux en lisant que le vainqueur de la primaire, installé « bien à gauche » comme le soulignent les Unes, pourrait opter pour une solution hollandaise… la synthèse !
Voyez page 6 du Parisien, l’article « L’épreuve de la réconciliation ». Une citation de l’un de ses soutiens, le député aubryste François Lamy : « On va tous s’y mettre pour fabriquer la synthèse ».

Benoît Hamon a du métier pour y parvenir !

On plonge dans son itinéraire politique, dans les longs portraits qui lui sont consacrés, par exemple celui des Echos. Apparatchik depuis 30 ans qui a su naviguer entre congrès et tendances en sachant utiliser le Mouvement de la jeunesse socialiste: le MJS, « cette école du vice » comme l’appelait François Mitterrand, rappelle Le Parisien.
Benoît Hamon confie à Libération qu’il entend dès aujourd’hui rassembler la famille… Mais qu’en est-il du financement « irréaliste » de ses mesures économiques, de ses positions « ambiguës » sur la laicité comme le disait Manuel Valls ? Benoît Hamon dit: « Les différences sont certaines mais pas irréductibles ».

Un peu trop optimiste peut être, Benoït Hamon ?

C’est l’avis unanime de la presse. Je le redis : partout on souligne que le plus dur reste à faire pour le vainqueur de la primaire. Et que va faire Manuel Valls ? Hier soir, sur le perron du siège du PS, raconte Le Monde, Jean-Christophe Cambadelis a tenté de soulever son bras, mais Manuel Valls a résisté et préféré lancer un salut de sa main ouverte… « ses 5 doigts semblant dessiner un subreptice appel à se retrouver dans 5 ans pour la présidentielle de 2022 »
La scène de 5 secondes n’a pas échappé au Monde qui s’y connait aussi en langage des signes socialistes…

Un article des Echos intéressera Benoît Hamon, même s’il ne parle pas de lui.

Page sciences. Un nombre croissant d’études montrent un recul généralisé du Quotient intellectuel moyen… Les perturbateurs endocriniens sont sur la sellette !
Benoit Hamon n’a cessé de parler des perturbateurs endocriniens durant sa campagne, en devant parfois forcer la main à ses intervieweurs.
Le recul du QI n’est pas dû qu’à un seul facteur (les systèmes éducatifs, l’importance prise par le numérique, les effets du haschisch sont aussi évoqués) mais certains scientifiques mettent d’abord en cause les perturbateurs endocriniens comme principal responsable de la déconfiture cérébrale…
Les perturbateurs endocriniens dont certains viennent déranger l’action bénéfique de l’iode, qui joue un rôle crucial dans le développement du cerveau…
Au passage, je lis dans Les Echos que l’expression Crétin des Alpes a une origine… fondée scientifiquement ! « L’expression provient des nombreux enfants de cette région condamnés au XIXème siècle au crétinisme faut d’avoir reçu dans leur alimentation suffisamment d’iode ».
Aujourd’hui, rassurez-vous habitants des Alpes : on trouve jusque chez vous du sel iodé…
Mais aussi des perturbateurs endocriniens…

Enfin, hommage à Emmanuelle Riva dans la presse de ce lundi.

La grande actrice durassienne est morte samedi à 89 ans… Elle avait connu un rebond tardif avec son rôle traumatisant dans Amour de Michael Haneke…
Portraits d’une page dans Le Figaro, dans La Croix, dans Libération…
Deux citations d’Emmanuelle Riva…
Dans le papier d’Armelle Héliot du Figaro : « SI j’ai voulu être comédienne, c’est parce qu’il y avait en moi un trop-plein d’amour pour la vie et que cet amour de la vie, je ne pouvais l’exprimer que par la fiction ! »
Emmanuelle Riva était extrêmement inquiète du monde, cherchant des réponses chez les philosophes et les poètes… Chez elle, près de la place St Michel à Paris, elle notait des phrases sur un tableau noir.
Elle avait lu à un confrère de Libération, après bien des réticences, une sorte de haîku :
« Des vagues de sang s’avancent/
Et ripolinent la face du monde. »
Le dense et l’épure était son genre, comme la discrétion.

Michel Grossiord