La Revue de Presse du jour – 28/11/2017

La revue de presse… Fais pas çi, fais pas ça… Quand l’Etat dicte nos conduites, pour notre bien !

Fais pas ci, fait pas ça… Pas trop de Nutella, ni d’alcool… Pas de cigarettes, moins de sel et de sucre dans l’assiette… Mais plus de fruits et de légumes… Faites du sport… Roulez plus propre. Changez vos ampoules. Protégez-vous de la canicule !
La liste est longue des recommandations, comme s’allonge celle des taxes comportementales, « ces taxes qui nous veulent du bien » mises à la Une par La Croix à l’heure du vote du premier budget de la Sécu de l’ère Macron…
Les députés se divisent sur la hausse de la CSG, en revanche, observe Le Figaro économie, ils suivent largement le gouvernement dans ses choix en matière de prévention : hausse progressive du paquet de cigarettes à 10 euros d’ici à 2.020, taxe soda pour lutter contre l’obésité et le diabète…

Il y a consensus sur ces mesures, et on peut le comprendre !

Incitations bienvenues : l’Etat nous veut en bonne santé !
Incitations ou « injonctions » ? Ce deuxième mot est utilisé par La Croix…
La France se situe au 6ème rang des « Etats moralisateurs de l’Union européenne » dans un classement établi par un Institut économique.
Il y a les bonnes intentions du législateur, mais la fiscalité comportementale est prisée aussi car elle permet de remplir les caisses de l’Etat sans officiellement augmenter les impôts… Du moins la hausse des taxes sur le tabac, le sucre ou les carburants reste mieux acceptée par les contribuables…
L’essayiste Mathieu Laine s’insurge lui dans Le Figaro contre l’Etat nounou et, je cite, « l’idée folle de toujours plus nous protéger contre nous-mêmes »…. Il évoque la polémique récente sur l’idée d’interdire la cigarette dans les films pour lutter contre « l’incitation culturelle à fumer »…

Un débat qui a été enterré très vite par la ministre de la Santé…

Pour Agnès Buzyn, qui réagissait à la proposition d’une sénatrice socialiste, il n’a jamais été question d’interdire la cigarette au cinéma…
De nombreuses voix avaient crié à la censure ! « Ce sont les créateurs qu’on assassine »… Et pourquoi ne pas interdire l’alcool sur grand écran, les voitures, l’amour puisque l’on peut aussi en mourir ?…
Sur le tabac, la question mérite d’être posée sur la base d’éléments scientifiques concrets, avance dans Le Monde un chercheur en sciences cognitives. Michel Desmurget démontre le lien entre l’acteur qui fume à l’écran et le jeune spectateur.
50% des adolescents entrent dans le tabagisme via le cinéma… Quand l’industrie du cinéma proposait 500.000 dollars à Sylvester Stallone pour que ces personnages Rambo et Rocky fument à l’écran, elle savait parfaitement ce qu’elle faisait…
Selon notre ami Dimitri Pavlenko, grand spécialiste de Rambo, aucune cigarette n’est visible… mais l’idée est bien pour les cigarettiers de valoriser la virilité, l’intelligence (la chercheuse d’Avatar), la sensualité (Sharon Stone dans Basic Instinct), l’esprit rebelle (James Dean dans La Fureur de vivre), le pouvoir, le sexe et la richesse (dans la série Mad Men), etc… La mémoire des spectateurs finit par lier le tabagisme à toutes sortes d’attributs enviables…
Ce sont-là des arguments qu’on a finalement peu entendus face aux assauts lancés contre les « pisse-froid hygiénistes » (entre guillemets !)

On va parler maintenant d’un « drame français », et on change de sujet…

Le drame français :
-3 millions et demi de chômeurs, et même 5 millions et demi si on englobe ceux qui travaillent moins qu’ils ne le voudraient…
-et une difficulté à recruter de plus en plus forte pour les chefs d’entreprises ! Cette difficulté à trouver des compétences est devenue en France le premier frein à la croissance ;
Analyse de Jean-Marc Vittori des Echos, qui ne manque pas d’exemples : telle entreprise obligée de refuser des commandes parce qu’elle ne trouve pas d’ajusteurs, telle autre (dans le secteur de l’agro-alimentaire en Touraine) en peine de trouver une quinzaine de chauffeurs de camion.
Un constructeur de bateaux dans le Sud-ouest a le même souci : pour polir les coques de ses navires, il n’a aucun polisseur français : tous polonais !
Cette pénurie dramatique de salariés qualifiés est tellement forte qu’elle pourrait devenir le plus gros boulet qui empêche le pays d’avancer…

A propos de la taxe sur le gazole, qui va augmenter pour changer notre goût pour le diesel, cette information toujours dans Les Echos : PSA est obligée d’importer des moteurs à essence de Chine car -très orienté sur les moteurs diesel-, le constructeur n’a pas assez de capacités de production de moteurs essence en France…

Restons dans l’univers du travail… avec la réhabilitation de la procrastination !

Eloge de la paresse au bureau !
Remettre au lendemain ou à plus tard ne serait pas la tare sociale que l’on dit…
Ne pas voir la procrastination comme synonyme de flemme mais comme repos productif, nous dit Nicolas Santolaria du Monde…
Il ne manque pas d’arguments scientifiques : non, la procrastination ne doit plus être envisagée comme l’expression d’une inadaptation sociale, mais plutôt comme un signe enviable de bonne santé mentale.

D’après une étude menée par la revue Computers in Human Behavior, le fait de regarder des vidéos de chats permettrait notamment de dissiper les émotions négatives et de provoquer un regain d’énergie chez le travailleur.

La procrastination est sans doute la meilleure réponse qui soit à l’accélération du temps productif. « Distraction is the new concentration », professe même le poète américain ¬Kenneth Goldsmith, qui propose, dans le cadre de l’université de Pennsylvanie, des cours de cyber-glandouille intitulés « Wasting Time on the Internet ».

Flâner sur le Web serait, pour Goldsmith, le moyen d’élargir son horizon créatif, de s’ouvrir à des sphères inexplorées de son propre inconscient et de cultiver sa capacité à tisser des liens inattendus, ce qui pourrait constituer une bonne définition de ce qu’est l’intelligence.

Michel Grossiord