La Revue de Presse du jour – 20/10/2017

La revue de presse… A nouveau beaucoup d’éléments sur le chemin de croix des victimes d’agressions sexuelles !

Et d’abord un nouvel exemple de l’omerta -le déni- qui a régné en maître (et perdure évidemment encore) sur les agressions sexuelles dont sont victimes les femmes…
1998. Le producteur-magnat de l’humour Gilbert Rozon avait plaidé coupable d’agression sexuelle sur une jeune femme de 19 ans au Canada…
Aucun écho en France dans le milieu du show-business (Gilbert Rozon produit de nombreux artistes), « on n’en entendra même pas parler à Paris », souligne Le Parisien qui consacre ses pages Evénement et sa Une à « la chute du roi de l’humour ».
Et livre le commentaire de la journaliste canadienne Denise Bombardier : « Le show-business l’a protégé comme l’Eglise catholique protège ses prêtres pédophiles ».

D’autres noms vont-ils « sortir » ?

Apparemment, c’est ce qu’indique le flot de témoignages d’actrices (elles s’expriment longuement dans Elle, L’Obs…), des noms sont sur le bout des lèvres…
Un Weinstein français ? s’interroge Le Point. Qui sera le prochain nabab à tomber ? Une huile du cinéma français confirme : « Il y a aussi du potentiel en France ». Toujours selon cette huile, les magazines américains Variety et Hollywood Reporter « creusent en ce moment même sur une personnalité ».
La presse américaine a été affectée d’un effet retard, rien n’est sorti du temps de la splendeur et de la toute-puissance d’Harvey Weinstein, de même certaines prises de paroles masculines tardives créent le trouble…

Celle par exemple du réalisateur Quentin Tarentino…

Son premier tweet après les premières accusations portées contre son producteur fétiche : Je suis abasourdi, le cœur brisé…
Le réalisateur a fini hier dans Le New York Times par reconnaître qu’il était au courant, ne serait-ce que parce qu’une de ses anciennes compagnes lui avait fait part d’attouchements non consentis ! « J’aurais aimé avoir agi de façon plus responsable », dit aujourd’hui Quentin Tarentino pour tenter d’effacer sa lâcheté passée…
La parole se libère sur les réseaux sociaux, elle dit les propositions gênantes ou obscènes, les chantages à l’emploi… Pas que sur les artistes… mais aussi sur les cadres ou employées, femmes politiques. Roger-Pol Droit cite les employeurs, les professeurs, les voisins, « machistes à front bas ».

Le philosophe évoque dans sa chronique des Echos un « tournant « …

Un basculement dans les têtes: pourquoi ce qui était supporté devient insoutenable ?
La psychiatre Marie-France Hirigoyen affirme dans Libération connaitre peu de femmes à qui cela n’est pas arrivé une fois dans sa vie… Plus d’une Française sur deux dit avoir été harcelée sexuellement, selon un sondage du Figaro, journal qui relève que très peu d’affaires sont jugées : les victimes qui ont le courage d’entrer dans les détails de qui leur est arrivé s’engagent sur « un long chemin de croix judiciaire »…
Non, les relations entre hommes et femmes ne sont pas si apaisées que nous voulons le croire, commente Geneviève Jurgensen dans sa chronique de La Croix : Adolescente, se souvient-elle, confrontée aux premières avances des garçons, j’étais tourmentée par une formule qui avait cours parmi eux et condamnait toute issue : ‘Quand une fille dit non, ça veut dire peut-être. Quand elle dit peut-être, ça veut dire oui »…
Je pense que la formule a toujours cours chez les garçons d’aujourd’hui…

D’autres sujets très présents ce matin… notamment la Catalogne !

Haro sur les apprentis sorciers catalans ! De Sud-Ouest au Figaro, de L’Opinion à la Presse de la Manche, commentaires sévères pour les partisans de la Catalogne indépendante…
Bien sûr la raideur de Madrid est épinglée, mais ce que soulignent les éditorialistes ce matin, à l’instar de Bruno Dive de Sud-Ouest ou d’Arnaud de La Grange du Figaro, c’est le temps perdu, l’indécent gâchis, l’énergie dépensée à régler des problèmes artificiellement créés quand il en faudrait tant pour s’attaquer à des sujets autrement plus graves : terrorisme islamiste, défi migratoire, chômage de masse…
Ainsi on en arrive dans un pays en paix, dans une démocratie qui a tourné le dos au franquisme, à une situation de crise qui peut déboucher sur la violence… ajoute Jean Levallois dans La Presse de la Manche…

Surprise : Le Progrès révèle les vraies raisons de la disgrâce du préfet…

Le préfet du Rhône limogée par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb après la libération « malvenue » écrit le journal, on pourrait dire malheureuse, du potentiel terroriste de la gare de Marseille… L’affaire de trop !
D’autres « incidents » avaient en fait laissé des traces. Gérard Collomb en voulait déjà au préfet Henri-Michel Comet pour n’avoir pas su faire face à un coup de force de l’extrême-droite en plein centre de Lyon. Par ailleurs, le préfet, lit-on dans Le Progrès, était vu comme un mondain moins rompu aux décisions opérationnelles… un peu absent lors des grandes réunions sur la sécurité…

Un visage illumine les Unes (celle de Libération notamment qui lui offre toute sa première page) : Danielle Darrieux…

Morte à 100 ans, l’actrice légendaire incarna la Française idéale, raffinée, joyeuse et énigmatique…
L’épisode d’une avant-première triomphale à Berlin, en 1942, en présence de Goebbels est rappelé par Le Figaro…
On retiendra une image plus flatteuse, et amusante : l’arrivée de Danielle Darrieux aux Etats-Unis, appelée par Hollywood en 1938…
Le New York Times avait relaté son débarquement avec 47 malles d’articles de mode de la rue de la Paix…
L’aventure ne dura que 8 mois, Danielle Darrieux peu heureuse cassa son contrat.
Libération rapporte comment la divinité tutélaire du cinéma français racontait de sa voix chantante la rafale de contraintes du studio : « Ne pas commander de spaghettis au restaurant parce que c’est difficile de les manger proprement. L’obligation de sortir avec un petit chapeau assorti aux gants et aux chaussures, de mettre des faux cils, de faire une mise en pli avant de sortir, même pour se promener ».
Et encore cette anecdote formidable : « Un jour, dans une loge à Hollywood, alors que je pestais parce que je me trouvais moche, on m’a répliqué : Mademoiselle, vous n’avez pas le droit de critiquer un produit Goldwin Mayer, même si ce produit c’est vous-même. Vous êtes contractuellement magnifique. »

Michel Grossiord