La Revue de Presse du jour – 16/10/2017

La revue de presse… Emmanuel Macron n’avait aucune note sous les yeux hier soir… A-t-il oublié de mentionner une réforme qui fait la Une des Echos ?

Une réforme qualifiée de « big bang » par le journal économique… Un bonus-malus pour les entreprises visant à freiner le recours aux contrats courts : CDD, intérim, intermittence…
C’est une revendication des syndicats, notamment de la CFDT qui dénonce des contrats synonymes de précarité…
Pour l’exécutif, ces contrats courts sont synonymes de coûts élevés pour le système d’indemnisation chômage…
L’idée est donc que demain, les entreprises qui y ont recours soient frappées d’un taux plus élevé, voire beaucoup plus élevé, de cotisations Unedic…
« Après l’euphorie (les ordonnances sur le code du travail), la soupe à la grimace pour les entreprises ? » s’interrogent Les Echos…
Aux Etats-Unis, ce système est à l’œuvre et a conduit les entreprises à moins licencier……

Cette mesure de la réforme de l’assurance-chômage n’a donc pas été abordée hier soir par Emmanuel Macron…

Non, alors, (observe la presse) que le Chef de l’Etat n’a pas présenté de mesures fortes en matière sociale… Juste l’ouverture d’un « vrai débat » l’an prochain sur l’intéressement et la participation…
Son objectif, pour La Voix du Nord, était de contrer son image de président des riches… Il l’a fait en dénonçant une nouvelle fois « les passions tristes de la France » contre les riches… En un mot (déjà utilisé dans son interview au Spiegel) : la « jalousie »…
Résumé de La Croix : Emmanuel Macron n’aime pas l’opposition entre les riches et les pauvres…
Sa volonté de transcender ce clivage se heurte à quelques réticences : pour Le Monde, les résistances à la réforme de l’ISF ne saurait se résumer à un simple problème de jalousie.
Pour L’Humanité, pas de surprise, « la lutte des classes » ne saurait être une passion triste…
Libération non plus n’adhère pas à cette critique de la « jalousie », y voyant un cliché de droite éculé qui gomme toute contradiction sociale, tout conflit potentiel entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas…

Grande question philosophique et sociologique : de quoi cette « jalousie » à l’égard des riches est le nom ?

C’est de « l’envie » dit Emmanuel Macron ; c’est la volonté de lutter contre les inégalités, dit la presse de gauche…
Libération cite abondamment… Molière puisque le Chef de l’Etat est allé assisté à une représentation de Tartuffe 24 heures avant son interview télévisée…
« Le chemin est long du projet à la chose ». Ou encore, autre citation de Tartuffe : « Contre la médisance, il n’est point de rempart »…
Pas de citation de Tartuffe sur la jalousie, Molière a surtout été inspiré par la jalousie amoureuse…
Libé aurait pu citer le célèbre proverbe chinois : « Quand les riches maigrissent, les pauvres meurent de faim »… mais le journal s’en tient à la métaphore d’Emmanuel Macron sur la solidarité de cordée où les uns tirent les autres…
Une image qui fait écho au roman à succès de Roger Frison-Roche, Premier de cordée (un jeune alpiniste confronté à son propre vertige) publié dans les années 40, rappelle Le Monde, qui ajoute avec une ironie « triste » dirait le chef de l’Etat: ce roman avait eu une suite littéraire titrée « La Grande Crevasse… »

Emmanuel Macron est-il reparti de l’avant ? Quel est le jugement de la presse ?…

Ce que pense La Nouvelle République : difficile de dire si les Français peuvent être convaincus par de genre d’entretien… ( !)
Le Républicain lorrain se mouille plus : le Chef de l’Etat s’est sorti avec brio de l’exercice… Pour Sud-Ouest, il a plutôt bien réussi à « donner du sens à son action » avec un langage de clarté et de vérité..
Le Parisien juge qu’il a été plutôt clair et pédagogique…
Mais ni La Provence, ni Le Figaro, ni L’Opinion jugent que cette interview de rattrapage ne suffira pas à établir un vrai dialogue, avec et pour les Français…
Je passe vite sur les manchettes de L’Union (Que du bon !), de L’Est éclair (Pour que la douleur ne soit pas une fatalité) et de Libération Champagne (Le beurre et l’argent du beurre), elles n’ont rien à voir avec l’interview présidentielle…
Libération Champagne, vous l’avez compris, s’inquiète de la hausse du prix du beurre, avec cette question angoissante : Y aura-t-il des spéculos à Noël ?
On en mange toute l’année… il faut s’inquiéter sans tarder…

Autre question « existentielle » : comment Emmanuel Macron va-t-il accepter d’être détrôné comme plus jeune dirigeant européen ?

Sébastien Kurz, le jeune loup de la droite autrichienne en route pour la Chancellerie. annonce Le Figaro…
Le leader conservateur de 31 ans a remporté les élections législatives…
Il pourrait s’allier à… l’extrême droite… il en a évoqué l’éventualité, pourtant dans son portrait En vue, Les Echos, le voient comme « le Macron viennois »…
« Beau gosse coiffé en arrière, il pratique… la marche en avant »…
Sébastien Kurz devrait donc devenir le plus jeune dirigeant européen, et même du monde !
Concurrence de l’Etat civil : 31 vs 39 ans !
On pourra en tirer des leçons psychologiques (voir le dossier du Figaro santé sur l’égocentrisme, le narcissique), ou cette leçon plus basique. Comme l’écrivent encore Les Echos, « le problème avec l’âge est qu’il constitue une donnée instable ».

Michel Grossiord