La Revue de Presse du jour – 12/10/2017

La revue de presse… Scandales, vous avez dit scandales ?

Nous allons partir pour Hollywood… plongé dans un scandale sexuel planétaire, mais restons en France avec cette couverture des Inrockuptibles qui fait scandale… en tout cas polémique.
En Une la photo de Bertrand Cantat, l’ancien chanteur de Noir Désir condamné en 2004 pour l’homicide de Marie Trintignant….
Image barrée du titre « Bertrand Cantat en son nom »… Un album solo attendu en décembre.
Beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux au sujet du contenu aussi, jugé complaisant envers le chanteur : l’article évoque longuement la reconstruction de Cantat à travers la musique et ignore la victime…
La Secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a réagi : « Au nom de quoi devons-nous supporter la promo de celui qui a assassiné Marie Trintignant à coups de poings ? Ne rien laisser passer. »

Cantat a été condamné, incarcéré… il a choisi de reprendre sa carrière… Faut-il lui faire de la publicité ? C’est l’avis des Inrockuptibles.

Le scandale à la Une de bien des journaux nous vient d’Amérique !

Scandale sexuel au cœur du cinéma… Harvey Weinstein, un masque tombe à Hollywood… Harceleur, agresseur et empereur du cinéma… Le roi déchu de Hollywood…
Voici quelques-uns des titres du Figaro, de Libération, du Parisien…
Celui-ci encore dans ce dernier journal : A Cannes, on l’appelait le Porc… Hôtels et yachts étaient le décor de fêtes avec partouzes et cocaïne…
Tout le monde savait, à Cannes, à Hollywood…
Tout le monde savait que rien n’arrêtait Harvey Weinstein…

Et rien ne l’a arrêté pendant près de trois décennies…

2004. Le New York Times avait bouclé une enquête accablante sur les agressions sexuelles du producteur… Mais elle fut bloquée…
« La chose la plus dégoûtante, c’est que tout le monde savait ce que Harvey faisait et que personne n’a jamais rien dit. » dénonce Léa Seydoux dans une tribune au Guardian.
Révélée par Rohmer, la comédienne Florence Darel, aujourd’hui 49 ans, se souvient des avances du producteur lorsqu’elle avait 26 ans…
Elle répond et s’interroge surtout dans Le Parisien : « Pourquoi est-ce que les agents envoient des actrices à ces prédateurs ? Pourquoi est-on censées aller rencontrer des producteurs dans des chambres d’hôtel ? Il n’y a pas de garde-fous parce qu’il y a cette espèce de non-dit qui sous-entend : « Si tu veux faire ce métier, tu dois coucher de temps en temps. »

Parlant comme La Provence d’un secret de Polichinelle, un journaliste américain confirme que tout le monde considérait que c’était le prix à payer et la loi du business…

Cette omerta a pu s’appuyer sur un vaste réseau de complicités…

Peur de représailles !
Un réseau, une vaste structure, un système, une culture tout entière sont en cause pour Libération qui cite le milieu du cinéma, la presse qui se dit féministe, les politiques.
Aux Etats-Unis, rapporte Le Monde, le Parti républicain accuse le Parti démocrate d’avoir tardé à dénoncer les agissements du producteur, l’un de ses généreux donateurs et habitué de la Maison blanche…
Le Figaro pose la question : Les amitiés et la bienveillance des élus démocrates les plus puissants, comme Barack Obama et Hillary Clinton, ont-elles protégé Weinstein ?

C’est le New York Times et Le New Yorker qui ont déballé tous les détails sordides de cette affaire…

On va rester avec le New Yorker qui a habitué ses lecteurs depuis des décennies aux couvertures très légères et poétiques signées Sempé !
Sa première illustration ? Un homme qui hésite à prendre son envol, sur le rebord d’une fenêtre…
Il a réalisé 106 couvertures du New Yorker…

Habitué à croquer les choses de la vie, Sempé accorde une interview au Figaro…
« L’humour, selon moi, n’est pas fait pour attaquer », explique-t-il…mais Sempé est féroce quand il s’exprime sur certains artistes et intellectuels…
Voilà ce qu’il déclare dans cette interview à propos de Picasso : « Quand un imbécile complet vous déclare ‘Je suis allé au communisme comme à une source d’eau fraîche », quel connard ! Bien sûr que l’eau était fraîche, elle venait de Sibérie où l’on tuait un bon millier de pauvres gens par jour.. De telle bêtises, c’est accablant. »
« De la même manière, Jean-Paul Sartre, qui avait déclaré en rentrant confortablement de Russie, où il avait été très bien accueilli : ‘Tout anticommuniste est un chien’. Ce type dirige la pensée française de l’époque. C’est quand même impensable… »
A 85 ans, même s’il se dit gâteux, Sempé sait mordre…

Puisqu’on parle des couvertures de magazine, celle de L’Obs fait aussi sensation…

Qui veut la peau d’Anne Hidalgo ? C’est le titre sur cette photo très étrange : la maire de Paris avec des airs de mater dolorosa… Une crucifiée…
L’Obs la défend face aux violentes critiques venant notamment du lobby automobile, soutient l’hebdo qui a rencontré l’auteur du pamphlet Notre Drame de Paris, Airy Routier, ancien journaliste à l’Obs, élégamment vêtu, souligne ses confrères, veste vert pomme, mocassins souple…
Curieux détail…
Dans L’Obs encore, un choc : La face noire de Michel Audiard… On savait depuis toujours qu’il y avait chez Audiard un côté anar de droite tendance Céline… Mais la part d’ombre du dialoguiste culte des Tontons flingueurs, c’est qu’il écrivait dans la presse collaborationniste durant les années de guerre, s’en prenant aux juifs…
Curieuse vengeance du destin, observe François Forestier, le fils de Michel, Jacques Audiard, a signé dix ans après la mort de son père en 1985, un beau film intitulé : « Un héros très discret », sur un type qui maquille son passé sous l’Occupation. Très discret : c’est ça, exactement ça.

Michel Grossiord