La Revue de Presse du jour – 07/11/2017

La revue de presse… avec la réflexion à laquelle nous invite le Prix Goncourt !

Eric Vuillard se glisse tout au long des 160 pages de L’Ordre du jour dans les coulisses de l’histoire, celle du nazisme…
Mais l’écrivain de 49 ans, dont c’est le 9ème livre, suggère en creux une réflexion sur notre rapport à l’actualité, aux discours politiques, à la vérité, à notre propre histoire en train de se faire…
Cette analyse est partagée par La Croix et Le Figaro : l’histoire comme l’actualité sont une suite ininterrompue de compromissions, d’erreurs de raisonnement et de fatuité humaine…
Donc Eric Vuillard nous incite -avec son récit- à regarder ce qui se passe dans les coulisses de l’historiographie officielle… et dans les coulisses de l’actualité officielle (on appellera ça la communication)…

Y a-t-il des regards en coulisses dans la presse du jour ?

L’envers du décor, selon la méthode Vuillard ? C’est-à-dire révéler la part secrète du grotesque, de bêtise, de lâcheté, ainsi que résume Le Monde…
Quelles coulisses sont explorées ce matin ?… La suite des montages fiscaux par des entreprises et des particuliers pour éviter l’impôt…
Deux approches distinctes : d’une part les journaux qui dénoncent l’optimisation fiscale (à l’instar des Dernières nouvelles d’Alsace qui titre Grandes fortunes, côté ombre), de l’autre un journal (L’Opinion) pour qui ces révélations mélangent droit et morale !
La Voix du Nord, dans le premier camp, estime que ces habiletés fiscales sapent les fondations politiques et économiques de nos sociétés. Même discours d’ailleurs du ministre de l’Economie : Bruno Le Maire juge « inacceptable une attaque contre le Trésor fiscal, c’est une attaque contre la démocratie, contre le consentement à l’impôt ». Bruno Le Maire s’est dit « révolté », souligne Le Monde, il promet de faire dès aujourd’hui de nouvelles propositions à Bruxelles pour plus de transparence…

Le ministre trouvera de quoi agir dans les dernières révélations…

Montages agressifs de Nike pour réduire son taux d’imposition à 2% en Europe… Aide du constructeur aéronautique Dassault à ses acheteurs de Falcon pour leur éviter de payer la TVA…
Ces tours de magie sont les dernières informations livrées ce matin par le Consortium international des journalistes d’investigation.
Scandale ? L’Opinion met le mot entre guillemets, estimant qu’il s’agit d’un « name dropping » (on jette des noms à l’opinion publique), que tout est légal, « juste immoral aux yeux de ceux qui le dénoncent », écrit Nicolas Beytout pour qui la vision d’un monde d’uniformité fiscale parfaite est un leurre…
Autre regard en coulisse du jour : les scandales sanitaires…

L’Etat en procès. Libération fustige l’inaction étatique face aux scandales sanitaires, les dizaines de milliers de morts causés chaque année, avance le journal, par l’amiante, la pollution de l’air ou les pesticides…
Les victimes se heurtent trop souvent à une impasse judiciaire. L’histoire se répète quand les plaintes sont classées sans suite (raison avancée : l’impossibilité de démontrer de façon certaine le lien de causalité entre la pollution ou les pesticides avec les maladies).
Encore un regard en coulisse… Ouest-France s’interroge ce matin sur toute la largeur de sa Une : Pourquoi le beurre vient à manquer ?
N’allez pas croire que le lait vient à manquer… C’est le grand bluff de la pénurie…
Le consommateur paie en fait le conflit entre industriels et supermarchés, sur fond de guerre des prix…

Pour plus de légèreté, un regard non en coulisses mais dans le cimetière des mots français…

Ca plaira à Bernard Pivot, le président de l’Académie Goncourt, très enthousiaste hier pour son lauréat…
A l’occasion du bicentenaire de Pierre Larousse, la maison d’édition a exhumé les mots qui ont été exclus au fil des ans de son dictionnaire…
A lire dans Le Parisien cet article sur les « purges », c’est le mot employé…
Quelques exemples : bestiasse (une personne stupide), branloire (espèce de balançoire), brouée (plus subite et courte), janot (niais, imbécile), chopiner (boire fréquemment du vin), rioter (rire à demi), sourdaud (qui n’entend qu’à peine), embesogné (fort occupé) !
10% des mots figurant dans Le Larousse il y a 200 ans ne figurent plus dans l’édition actuelle…

Enfin, les nouvelles menaces de mort reçues par Charlie Hebdo, et l’appel de Riss…

Le directeur de Charlie Hebdo constate dans Le Figaro que la parole s’est libérée et l’appel au meurtre banalisé, en particulier sur les réseaux sociaux…
La dernière Une de l’hebdomadaire qui présente un Tariq Ramadan au sexe hypertrophié, proclamant Je suis le 6ème pilier de l’islam, place à nouveau le journal en danger.
La journaliste Claire Bommelaer pose d’emblée cette question à Riss :
-Charlie Hebdo fait l’objet de menaces de mort, est-ce désormais le prix à payer pour votre liberté d’expression ?
Le « prix à payer » pour la liberté d’expression peut-il dorénavant être les menaces de mort ?
Le Midi Libre le relève, sous la plume de Yann Marec : « La France vit désormais avec la peur du terrorisme, et en oublierait presque nos principes de libertés fondamentales ».

Michel Grossiord