La Revue de Presse du jour – 06/12/2017

La revue de presse… « T’aimer follement », Johnny…

Sa voix et son physique vont nous manquer.
A coup sûr, il y aura une 5ème génération de Français pour l’aduler… Ce sera oui la 5ème si l’on suit Le Monde : Johnny fut aimé des baby-boomers des années 60, très vite il fut adoré par leurs parents réconciliés avec les turbulences des yéyés, puis par les enfants des premiers fredonnant Marie, et enfin par leurs petits-enfants adorant hurler La Musique que je j’aime…
Parlons de cette voix et ce physique, car dans ses récits et analyses d’une carrière flamboyante de près de 60 ans, la presse n’omet aucun détail !

Donc sa voix !

Ce qui était le plus impressionnant, c’était sa « poussée vocale », explique dans Libé une prof de chant au Conservatoire national de Paris. Se souvenir d’Allumer le feu…
Sa poussée vocale, sa puissance. Mais ce que certains pouvaient prendre pour un hurlement inné était en fait le fruit d’une recherche, nous explique-t-on…
Le cri made in Johnny est travaillé par un geste technique qui associe, selon la prof de chant, « vibration des cordes vocales et des bandes ventriculaires. »
Un peu abstrait ? Retenons que Johnny obtenait l’effet recherché par les tessitures de contre-ténors ou de castrats, c’est-à-dire l’empire d’une voix mi-homme mi-femme, celle des héros à l’aura surnaturelle qui communiquaient avec les Dieux sur les scènes baroques…
La prof de chant explique que le truc de Johnny, c’était l’aigu : « Ses fréquences étaient de plus en plus élevées pour tenir les gens en haleine, comme un acte de bravoure pour remporter l’adhésion du public. C’est ce que son auditoire vient entendre, la mise en danger, l’animalité, une combinaison force-faiblesse qui lui permet de rechercher la rupture du son en permanence »…

Son auditoire venait aussi le voir !

Ses jambes écartées, ses mouvements de bassin sont commentés…
Au début des années 60, les chanteurs étaient principalement des voix, analyse un sociologue. Johnny s’impose avant tout comme un corps. C’est visible dès sa première télévision, avec sa guitare. Il n’en joue pas en virtuose, il s’en sert presque plus comme un partenaire de danse…
Les crooners d’alors, en effet, ne bougeaient pas, ou peu. Et surtout pas le bassin.
Souvent zombi en coulisse, sur scène, Johnny Hallyday devenait immédiatement le patron…
Il pouvait avoir dormi deux heures, être au plus bas moralement et physiquement, lorsque la lumière venait le prendre, il était bel et bien là, souligne Le Monde.
On nous rappelle d’ailleurs ses surnoms :
Il était « le patron » pour la nouvelle génération de chanteurs…
Les musiciens de studio l’appelaient « L’Homme », lit-on dans Le Figaro…
Ce matin, toute la presse verse une grosse larme sur « le monument national vivant » que Johnny était devenu…

Il fut aussi un mythe de son vivant…

Et l’une des grandes différences de Johnny avec les autres chanteurs yéyé, c’est que des commentaires « inhabituellement » intellectuels se sont portés sur lui, observe Le Monde.
Paradoxalement, ces commentaires (une admiration, disons le mot) ont cohabité avec le Johnny crétin « Ah que coucou ! » de la marionnette des Guignols de l’info… Mais les Guignols avaient fini par renoncé à le brocarder…
Dès 1964, Marguerite Duras écrivait sur Johnny : « A le voir marcher dans la grande salle vide, je comprends… C’est de la marche que la chance est partie. Quand il marche, Johnny est comme au premier jour ».
Elsa Triolet se déclare fan.
Louis Aragon et Lucien Bodard ont livré leurs commentaires inspirés…
Françoise Sagan a écrit pour lui pour l’album Sang pour sang.
Godard l’a fait tourner…
Nous avons la chance d’entendre au micro de Radio classique ce matin vos invités Guillaume : l’écrivain Daniel Rondeau, inventeur et théoricien du concept de la destroyance (mourir et renaître sans cesse) et l’académicien Marc Lambron… dont les écrits éclairent (dans Le Figaro) les hommages rendus à Johnny…

Marc Lambron qui parle d’un génie…

Jamais les « idées courtes » de Johnny n’ont paru ridicules…
Son génie fut d’inspirer aux plus grands (écrivains, cinéastes) « l’envie d’avoir envie » de lui…
Johnny les a tous fascinés car il avait ce que ces intellectuels n’ont jamais eu : cette faculté quasi surnaturelle d’instaurer avec son public une communication qui se passe de mots…
On parle ce matin (L’Obs) du roi Johnny… avec lequel chaque Français a son propre souvenir…
Moment incroyable de communication et de consensus dans la presse, à l’instar des hommages qui pleuvent sur Jean d’Ormesson, très beaux articles aussi bien dans L’Humanité que dans Le Figaro sur l’Académicien disparu hier…
C’est Jean d’Ormesson qu’on retrouve dans la presse écrite, les sites des journaux se rattrapant bien sûr sur Johnny…
Une note discordante dans ce concert de louanges, le tweet d’Alexis Corbière, député La France insoumise, qui soulignait que la mort de Johnny ne devait pas faire oublier le mauvais coup que prépare le gouvernement sur le Smic…
Avalanche de protestations, l’élu a effacé son tweet…
Le souvenir de Johnny ne s’effacera pas…
Notamment cette image de la star qui entraînait d’emblée ses fans en avançant silencieux sur scène, avant de lancer : Quoi ma gueule?
Empathie immédiate

Michel Grossiord