Redécouvrir Gorecki

L’esthétique du compositeur polonais ne se résume pas à sa contemplative Symphonie n° 3, comme le rappelle cette superbe anthologie.

Henryk Górecki ? Ce nom est essentiellement associé à la Symphonie n° 3. Sous-titrée Symphonie des chants de deuil, elle fut créée en 1977 et révélée en 1992 par un enregistrement Nonesuch, qui imposa la partition en tête des hit-parades : plus d’un million d’exemplaires du disque furent vendus en quelques mois. On retrouve dans ce coffret cette interprétation exemplaire ainsi que l’ensemble des disques du label américain consacrés au compositeur polonais. Loin de résumer son style, la planante Symphonie n° 3 reste à part dans la production de Górecki. D’abord séduit par Bartók, puis, dans les années 1960, par l’avant-gardisme sonoriste le plus iconoclaste, il a trouvé sa voie dans les années 1970. Les œuvres pour chœur enregistrées, notamment le Miserere (1981) et Amen (1975), témoignent de son évolution. La plupart de ses partitions expriment dès lors une nostalgie spirituelle qui s’incarne dans des tournures archaïsantes, souvent répétées avec violence. De ce parcours en forme de quête personnelle, on retiendra essentiellement le Concerto pour clavecin, le Quatuor n° 2 ou le Petit Requiem pour une polka, tous présents dans des versions de référence. Górecki, qui a très mal vécu sa célébrité soudaine, s’était réfugié, pendant les dernières années de sa vie, dans le mutisme. Il a laissé inachevée une Symphonie n° 4, dont l’orchestration a été complétée par son fils Mikolaj. Elle est sous-titrée Tansman Episodes, du nom du compositeur franco-polonais Alexandre Tansman (1897-1986), dont on retrouve la signature musicale, mais aucune influence particulière. La Symphonie n° 4 synthétise plutôt l’évolution de Górecki, avec son plan en quatre mouvements contrastés sur le modèle de sa musique de chambre tardive, ses blocs d’accords obsessionnels rappelant la plus ancienne Symphonie n° 2, tandis que défilent des hommages personnels à Wagner, Szymanowski, Stravinsky ou Adams. Cette œuvre brute et décoiffante d’une trentaine de minutes, proposée en première mondiale, est également disponible en CD séparé (ref. 7559795034, CHOC).