Radio Classique : 8h15 – Thierry Mandon « Le macronnisme est une promesse qui fonctionne très bien mais qui n’est pas construite »

Ce matin à 8h15 sur Radio Classique

Thierry Mandon
Secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Invité de Guillaume Durand

« Le macronnisme est une promesse qui fonctionne très bien mais qui n’est pas construite »

Extraits :

A propos de la gauche dans le monde

« J’observe que ce qui se passe en France, c’est ce qui s’est passé il y a quelques années en Angleterre, après Tony Blair, avec la bataille de succession à l’intérieur de la gauche anglaise entre Jeremy Corbie et les héritiers de Tony Blair… Aux Etats-Unis, la primaire a été quand même extrêmement menacée par la candidature de Bernie Sanders et donc c’est toute la gauche sociale-démocrate, partout dans le monde, qui cherche une voie beaucoup plus radicale de contestation du système globalisé néo-libéral»
« On ne comprend pas la situation politique en France si on ne réintroduit pas dans cette longue hésitation de la gauche sociale-démocrate son positionnement par rapport au pouvoir »

A propos du revenu universel proposé par Benoît Hamon

«Quand on cherche à se redéfinir, on cherche de l’or et on peut prendre tout ce qui brille pour de l’or. C’est ce qui se passe avec cette proposition irréalisable, très grave pour l’architecture des politiques sociales sur laquelle la gauche est construite, car elle met fin aux SMIC et poussera les entreprises à intégrer dans leurs comportements le fait qu’il y ait un revenu universel et donc à payer beaucoup moins cher les salariés qu’elles embaucheraient. Benoît Hamon se dit « tient, là y a une
idée » – c’est vrai qu’aujourd’hui il y a des gens dans les sciences sociales qui réfléchissent à ça- et on la prend parce qu’on se dit que c’est autour de propositions comme ça qu’on peut se reconstruire »

A propos du revenu universel revu par Manuel Valls

«Manuel Valls propose que pour un certain nombre de catégories qui sont au minima sociaux, on simplifie tout cela et qu’on ne fasse qu’un revenu. Celui-là me semble à la fois faisable et beaucoup plus efficace »

A propos du soutien de Thierry Mandon à Valls

«Je me réunis demain avec l’équipe Movida. Le deuxième tour est très typé. Je ne me prononcerai que demain.»
(…)

A propos d’Arnaud Montebourg

«Il s’adresse aux oubliés de la primaire, aux gens qui ne votent pas, aux ouvriers, aux employés, c’est ça son cœur électoral. Ce sont les victimes de la difficulté des temps et ces gens ne votent pas à la primaire, et n’ont pas voté non plus à la primaire de droite. Et d’ailleurs je lance un message d’inquiétude : ils vont voter quand pour la première fois ? Ils vont voter à la présidentielle et donc attention à ce silence, à cette disparition des ouvriers et des employés qui voteront aux présidentielles. »

(…)
«Arnaud Montebourg se base sur des schémas qui n’existent plus. Moi je suis pour qu’on encourage le tissus industriel français mais enfin le made in France, la production faite en France aujourd’hui intègre des composants étrangers. Il y a des réalités économiques. Si on doit faire un reproche à la primaire de gauche, c’est qu’elle est beaucoup trop dans le rétroviseur et pas assez dans la projection vers l’avenir. Hamon a peut-être fait des propositions farfelues mais au moins il a eu cette affirmation de se dire « qu’est-ce que va devenir le monde du travail ? Qu’est-ce que vont devenir les grands enjeux climatiques dans l’avenir ? » C’est peut-être ce qui explique une partie de son succès. La primaire elle doit regarder vers l’avant, elle n’est pas faite pour prolonger une tendance du quinquennat, dont les Français sont quand-même peu enthousiastes, encore moins faire comme si tout cela n’avait pas existé et qu’il fallait revenir au temps béni d’avant.»

A propos d’Emannuel Macron
(…)
«Il faut savoir ce qu’est le macronnisme idéologiquement, c’est une promesse qui fonctionne très bien mais ce n’est pas construit. D’ailleurs, j’observe que ces derniers soutiens sont Christine Lagarde et Alain Mainc. Quand vous pr éparez à ouvrir vos portes à des bataillons de gauche, vous ne commencez pas par avoir le soutien de Christine Lagarde et Alain Mainc.»

[Il peut-être à droite sur le plan de l’économie et à gauche sur le plan sociétal]
«Il est temps qu’il précise et il le fera sûrement pendant la campagne. Il faut être très initié en politique pour avoir compris ça avec cette finesse-là. Ça m’intéresse beaucoup de savoir le projet d’Emmanuel Macron.»

A propos de François Hollande et de la primaire de gauche

«Je ne pense pas qu’il s’en foute. Il a décidé de ne pas se représenter donc a priori il essaie d’expliquer ce qu’il a fait pendant 5 ans, le sens que ça a et ce qui lui semble important. Sarkozy a voté à sa primaire mais il était pleinement acteur et voulait vraiment être candidat. »

A propos de la nécessité de repenser les politiques publiques

« Ce que je crois c’est qu’il y a un enjeu majeur pour la renaissance de la gauche, c’est celui de repenser les politiques publiques. Le problème de la gauche, c’est l’Etat. On n’a pas compris que l’Etat tel qu’il fonctionne aujourd’hui ne fonctionne plus. Et pourtant, il n’y a pas de gauche sans Etat. Et d’ailleurs il n’y a pas de pays sans Etat, comme l’explique Pierre Legendre dans son livre « Les fantômes de l’Etat ». Notre problème aujourd’hui c’est qu’on passe beaucoup trop de temps à essayer de trouver la proposition sociale supplémentaire nouvelle et pas assez de temps à travailler aux raisons pour lesquelles, quand on a de bonnes idées, de bonnes propositions, on n’arrive pas à les traduire dans les faits. Mon sentiment c’est qu’on vit sur une vision erronée et datée de la puissance publique et que celle-ci doit être complétement repensée sur pleins de sujets. C’est cette vision nouvelle d’un Etat plus efficace et plus moderne qui manque et qui interdit la gauche d’exercer le pouvoir.

A propos de l’extrême droite

La droite a un problème, qui est l’extrême droite, pour l’instant on n’en parle pas. Je vous disais tout à l’heure qu’en terme sociaux il y a des catégories entières qu’on n’a pas vu dans les deux primaires et il est probable qu’elles votent plutôt à l’extrême droite. Deuxièmement,la droite a un problème car elle fragilise dans son programme initial les catégories sociales qui demandent justement la protection de l’Etat. Elle promet à ces catégories sociales beaucoup moins d’Etat et donc beaucoup moins de protection sociale. Donc il faut faire attention: le risque d’extrême droite est un risque réel.