Radio Classique : 8h15 – Jean-Pierre Mignard «Macron peut gagner»

Ce matin à 8h15 sur Radio Classique

Jean-Pierre Mignard, avocat, membre du comité « En marche »
Invité de Guillaume Durand

«Macron peut gagner»

Extraits :

A propos du premier tour de la primaire de gauche

«Il y a un problème de communication et de prudence, à l’origine. Il ne fallait pas que le représentant de la Haute Autorité fasse état de projections ce dimanche soir. C’est hasardeux, ces projections peuvent se révéler fausses (…) On est là pour valider et on n’est certainement pas là pour projeter. Lorsque nous avions fait la première primaire, il y avait deux premiers secrétaires qui étaient Madame Aubry et Harlem Désir, qui ont été d’une correction totale, il n’y avait pas de porosité entre nous et la direction. Je ne sais pas ce qu’il en est car je n’en fais pas partie. Je n’ai pas voté aux primaires, je ne suis pas membre de cette Haute Autorité dont j’ai abandonné la présidence car à l’origine j’étais en désaccord avec l’idée même d’une primaire qui aurait été imposé au Président de la République. Cela me semblait contraire aux institutions de la Vème République. Les gens qui la composent me semblent parfaitement honnêtes et je ne soupçonne en aucun cas qu’ils commentent ce genre de choses mais en tout cas le président est sorti de son rôle. »

A propos d’Emmanuel Macron sur la primaire 

«Emmanuel Macron a raison de ne pas faire de commentaires car s’il en faisait, on lui reprocherait d’en faire, on dirait « Emmanuel Macron se réjouit etc. » Il prend la position qui est à mon avis la plus sage c’est-à-dire d’attendre de voir quel est le débat politique qui peut s’imposer au PS. Il a raison sur ce point d’être le plus réservé possible. »

A propos de la position politique d’Emmanuel Macron

«Beaucoup de gens se reconnaissent dans Emmanuel Macron, au centre, à gauche, à droite. La question, pour eux, comme pour tous les citoyens, c’est de savoir à quel moment ils convergent, dans quel cadre et à quelle séquence électorale ils vont répondre présents.La question est là je crois. Emmanuel Macron a pris acte que, dans la Vème république, un projet présidentiel devait être porté par un candidat et que ce candidat devait veiller au moment des investitures à disposer d’une majorité qui soit en accord avec son projet – ce qui a d’ailleurs été un très grand problème du
quinquennat de François Hollande puisque les investitures avaient été accordées alors qu’il n’était pas encore candidat et on a eu sur ce point un désaccord qui s’est transformé ouvertement en conflit. Macron en prend acte. Dans le respect strict de l’esprit des institutions, on peut changer de république et en avoir une VIème si celle-ci s’impose. »
(…)

«Est-ce qu’Emmanuel Macron est en mesure d’éviter à la France un duel entre madame Le Pen et monsieur Fillon ? Et l’ensemble de celles et de ceux qui ne veulent pas de ce duel et ne veulent pas être confrontés à un choix qui ne serait pas le leur doivent converger et voter Emmanuel Macron»

«Dans les 350 comités En Marche il y a beaucoup de personnes du centre, y compris des Républicains, beaucoup de professionnels, beaucoup de gens qui viennent de la société civile. Il y a parmi les citoyens, un mouvement qui est irrépressible aujourd’hui. »

(…)

« Macron peut gagner, bien évidemment, car les gens ne supportent plus la partition gauche/droite telle qu’elle existe aujourd’hui et qui est catastrophique pour le pays. Et franchement, le choix entre madame Le Pen et monsieur Fillon serait pour le pays, à terme, porteur de scénarios extrêmement graves, y compris de violence, en tout cas de violence mentale, c’est le moins que l’on puisse dire.

A propos des investitures

« Si j’ai très modestement un patrimoine à apporter c’est sur la question de la réflexion d’éthique dans la vie politique, c’est à ce niveau-là que je pense pouvoir être utile, quant aux désignations elles seront annoncées par Emmanuel Macron de même que la constitution des organes d’En Marche. En Marche est un mouvement tout jeune qui doit se construire. Beaucoup de gens travaillent pour Macron, lorsque vous allez au siège rue de Abbé-Groult, il y a dès fois 150, 200 personnes qui travaillent pour lui. »

A propos de Bruno Lemaire et ses possibles négociations avec E.Macron

« Je n’en sais absolument rien mais il est vrai qu’il y a beaucoup de personnes qui prennent contact pour se rallier.»

A propos du quinquennat de François Hollande

« La quinquennat de François Hollande ne se termine pas en succès. Quand on prendra un peu de distance on se souviendra de ce quinquennat comme d’un quinquennat de transition. On verra que les choix économiques qui ont été faits n’ont pas été si mauvais dans une période extrêmement troublée. Compte tenu du trouble en Europe et du trouble dans notre pays : Il n’est plus possible pour la gauche et la droite de gouverner comme elles l’ont fait»

(…)
«Ce qui est fondamental en politique, c’est qu’il n’avait pas de majorité. C’est cela la vérité. S’il y a quelqu’un d’intelligent et lucide c’est bien lui. Toutes les voies de Mélenchon, qui se sont portées pour lui contre Nicolas Sarkozy, se sont immédiatement retrouvées en hostilité. François Beyrout, 10% d’électeurs, votent pour lui et il reste au milieu, prenant acte de ce que son aile gauche se retourne contre lui, et ne prenant pas acte de ce qu’une partie important de son électorat est centriste et il ne bouge pas. Il n‘était dans une situation impossible. (…) Il était dans un tempo qui était très différent de N.Sarkozy, il n’a jamais hystérisé la vie publique. Il a tenté d’être un président normal, en prenant des initiatives qui se sont retournées contre lui. Moi je l’ai bien connu et il était très sensible, lorsque nous avions fondé les Transcourants et le Club Témoin avec Jacques Delors, aux formes de gouvernements des autres pays européens -en social démocrates- et soucieux en effet de culture parlementaire, et c’est peut-être là qu’une difficulté s’est faite. »

A propos de François Fillon

« J’ai une question pour monsieur Fillon, à laquelle il devra répondre : dans un deuxième tour, s’il était confronté à madame Le Pen, il sera contraint d’avoir des millions de voix de gauche. Comment est-ce qu’il peut faire avec la ligne anti-concession qu’il a adoptée ? Est-ce qu’il va dire comme la dernière fois avec monsieur Chirac « Vous avez voté pour moi, maintenant rentrez chez vous » ? Pour rassembler il faut faire des propositions. Il ne faut pas dire à un certain nombre de gens, vous votez pour moi et vous rentrez. Donc monsieur Fillon se retrouvera dans une situation d’impossibilité. Macron veut précisément converger, pour faire en sorte que sur l’échiquier politique et du monde civile, vienne le plus grand nombre de gens possible pour asseoir une majorité qui casse cette logique de partition qui est catastrophique pour le pays car elle fait monter l’extrême gauche et également énormément monter l’extrême droite»

A propos de Valls et Hamon

(Avec Valls) Les relations étaient ouvertement très mauvaises lorsqu’ils étaient au gouvernement. Benoit Hamon lui n’a jamais eu d’attaques de nature personnelle contre Emmanuel Macron. Je ne sais pas s’il faut en tirer des conséquences politiques mais en tout cas constatons que l’attitude personnelle n’a pas été la même.»