Qu’est-ce que l’abattoir mobile, pour lutter contre la maltraitance animale ?

Photos DDM, illustration

On se souvient des vidéos sanglantes difficilement soutenables diffusées par l’association L214 dénonçant régulièrement les maltraitances animales dans les abattoirs. Aujourd’hui, les éleveurs veulent reprendre la main sur la mort de leurs animaux, et toute une nouvelle filière naît, celle de l’abattage à la ferme avec le lancement du 1er abattoir mobile de France.

L’abattoir mobile comme solution aux cadences infernales et aux distances parcourues par les bêtes pour accéder aux abattoirs industriels

Cet abattoir mobile est celui d’Emilie Jeannin, éleveuse de Charolais en Côte d’Or et fondatrice de “Bœuf éthique”. Il va sillonner les routes de toute la Bourgogne, de fermes en fermes, pour abattre sur place les animaux. Elle a fait construire un abattoir sur mesure constitué de 3 camions, dont la livraison est prévue en juin : “un camion est l’abattoir en tant que tel, un autre camion va permettre le refroidissement des carcasses, le troisième est la partie sociale, la partie où vont rentrer tous les abatteurs et les service vétérinaires qui font le contrôle, car à chaque fois que l’on travaille on sera plus contrôlé que des abattoirs industriels”.

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Ces abattoirs industriels sont de moins en moins nombreux en France : surtout concentrés sur la Bretagne, il n’en reste que 265 contre près de 700 dans les années 80. Résultat : les distances sont toujours plus longues à parcourir pour les bêtes. Et dans l’abattoir, la cadence est infernale, avec parfois plus de 500 animaux tués par jour, une cadence bien plus élevée que dans l’abattoir mobile d’Emilie Jeannin : “nous ferons au maximum une douzaine de bovins par jour, donc on est pas du tout sur les mêmes cadences ni sur la même façon de procéder au métier “.

 

L’abattoir mobile a déjà convaincu 150 éleveurs et proposera une vente en ligne aux restaurants et bouchers

Emilie Jeannin a déjà tissé un réseau de 150 éleveurs, parmi lesquelles Sophie Berly, éleveuse de vaches laitières en Saône-et-Loire, déçue par le traitement infligée à ses bêtes par les abattoirs industriels et qui voit dans le dispositif d’Emilie Jeannin un moyen de retrouver le contrôle sur la mort de ses bovins : “on maîtrise la naissance, puis les veaux sont élevés par les mamans, donc ce que je ne maîtrisais pas dans mon système, c’est l’abattage” déclare-t-elle. L’abattoir-mobile va aussi faire de la vente en ligne auprès des restaurateurs et bouchers intéressés, c’est le cas de José Gimenez, propriétaire d’une boucherie engagée à Nice et qui vante les qualités d’une viande moins stressée par l’abattage : “ça va dans le sens de ce que je recherche pour le côté éthique par rapport à l’animal et l’éleveur (…) le fait de ne pas être transporté sur des kilomètres, l’animal est moins stressé dont la qualité de la viande est complètement différente”.

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Cela fait cinq ans qu’Emilie Jeannin se bat pour pouvoir enfin se lancer. De la Loire-Atlantique à l’Hérault en passant par l’Ariège ou encore l’Aude, une vingtaine de projets similaires existent en France. Le concept prend de l’essor depuis deux ans, depuis le feu vert donné par un décret de la loi Egalim autorisant l’expérimentation des abattoirs mobiles. Mais aucun autre n’a encore pu se concrétiser car l’argent est le nerf de la guerre : Emilie Jeannin a levé 1.800.000 euros pour créer son abattoir mobile, et elle vient tout juste d’obtenir 500.000 euros du gouvernement dans le cadre du programme France Relance.

Laurie-Anne Toulemont

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