PORTRAIT : KOTARO FUKUMA

C'est l'un des jeunes pianistes les plus imaginatifs du circuit, avec des programmes inventifs et une sonorité raffinée. Il joue le 18 septembre à Piano aux Jacobins à Toulouse.

Murray Perahia
" Mes soeurs aînées jouaient du piano et ma mère adore la musique occidentale. Mais ma première émotion musicale, c’est la sonorité de Murray Perahia jouant Chopin et Schubert. J’avais cinq ans. "
Chopin
" C’est mon compositeur préféré. Il est très difficile à comprendre. La Quatrième Ballade, par exemple, si profonde et dramatique, je cherche encore son message, je crois parfois m’en approcher, mais je ne suis jamais satisfait. "
Vérité
" En musique, il ne faut jamais dire "je sais", mais "je crois". On ne sait pas où est la vérité, mais on peut avoir l’intuition d’une bonne direction. Ayant travaillé avec des compositeurs vivants, je les ai parfois entendus dire : " pourquoi pas ". Et puis au concert, il se passe des choses mystérieuses. Songeons à Chopin qui, lors de son dernier concert à la Salle Pleyel, a joué pianissimo un passage indiqué fortissimo dans la partition de sa Barcarolle. Ou Rachmaninov ne suivant pas ses propres indications… "
Charles Trenet
" J’ai passé le concours d’entrée au Conservatoire de Paris le jour où Charles Trenet est mort. Je ne connaissais rien de lui. Au Japon, ma mère mettait parfois Les Feuilles mortes ou L’Hymne à l’amour, qui me plaisaient bien, sans plus. Mais à la télévision, j’ai vu des reportages sur Trenet qui m’ont beaucoup touché. Je suis allé à la Fnac acheter un disque et ses chansons m’ont permis de mieux entrer dans les subtilités du français. "
Poulenc
"En travaillant des oeuvres de Toru Takemitsu, j’ai découvert que l’oeuvre qui l’avait décidé à devenir compositeur était la chanson Parlez-moi d’amour, qui l’avait émerveillé alors que c’était à la fin de la Seconde Guerre mondiale et que la musique occidentale, à ce moment-là, était interdite au Japon. Pour moi, l’oeuvre qui m’a décidé à devenir pianiste, c’est la Novelette n°1 de Poulenc. Je l’ai jouée à quatorze ans et rien ne me semblait plus beau. J’ai même remporté le concours Gina-Bachauer grâce à cette oeuvre parce que je crois que je me fichais de gagner ou de perdre. Je voulais juste partager ma passion pour cette musique."
Caractère
" Mes parents trouvent que j’ai changé depuis que je vis en Europe, même si je me plie à l’état d’esprit japonais quand je rentre au pays, comme respecter les gens âgés… Pour un Japonais, je suis très mal organisé, j’ai horreur de planifier, je n’aime pas la routine, je déteste me lever tôt ou respecter des horaires. Je veux être créatif à tout moment de la vie. "
Eau
" J’ai une passion pour Debussy à cause de l’élément liquide qui est présent dans toute son oeuvre. Mon nom signifie : " Lumière de l’eau ". C’est peut-être la raison. "
Les CD de Kotaro Fukuma sont publiés chez Hortus.