Picasso ou le peintre des volumes qui n’aimait pas la musique

« Je n’aime pas la musique ». Contrairement aux peintres Chagall et Matisse, Picasso n’était pas musicien. Pourtant, elle irrigue l’ensemble de son œuvre. Drôle de paradoxe qui est au cœur de l’exposition Les Musiques de Picasso. Mais rappelons-nous ce que disait le philosophe Nietzsche : « La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil ».  A découvrir à la Philharmonie de Paris jusqu’au 3 janvier 2021. 

Picasso contre la musique ? Cela sonne presque comme une de ces provocations dont le génie espagnol avait le secret… Plutôt que l’aversion pour la musique, Picasso nous dit peut-être qu’il avait peu de goût pour l’art musical en tant qu’art de l’invisible… Il aimait voir, représenter, toucher… A t-on oublié le rapport charnel qu’il entretenait avec certains instruments ? Ces guitares qu’il croquait sous toutes les formes et toutes les coutures… Picasso avait plus d’une « corde » à son arc. Et il utilisait les instruments comme des objets d’expérimentation, et comme autant de chemins pour remonter à la source de l’âme ibérique. Si Picasso n’aimait pas la musique, on peut dire que la musique aimait Picasso. Toute sa vie, le peintre a baigné dans un riche environnement musical et des ambiances sonores variées. 

 

Picasso collabore avec tous les grands compositeurs de son temps 

« Les musiques ». Et si la résolution du paradoxe était dans ce pluriel ? Picasso n’aimait pas la musique, mais les musiques. La musique des café-théâtre de Barcelone, celle des cabarets parisiens, les musiques populaires espagnoles de son enfance. La musique d’Apollinaire, celle de ses poèmes… Ou encore les oeuvres de ses amis musiciens. Erik Satie, Manuel de Falla, Igor Stravinski et Darius Milhaud… Picasso collabore avec tous les grands compositeurs de son temps. Les Ballets russes dirigés par Diaghilev le sollicitent pour la création de décors et de costumes. Le peintre fait son entrée dans le monde du spectacle entre 1917 et 1924. Il expérimente ainsi l’idée wagnérienne de l’art total, chère aux Avant-gardes.  

 

Picasso et la musique : un amour abstrait 

Conçue en partenariat avec le Musée Picasso, cette exposition constituée de 250 œuvres nous propose une nouvelle manière d’appréhender le travail de l’artiste. Il est difficile de croire que Picasso n’aimait pas la musique. Son intérêt pour le sujet nous pousse à penser le contraire. Dans un parcours thématique découpé en 9 étapes, le visiteur plonge dans l’imaginaire musical du peintre. Il est fascinant de voir à quel point le rapport du maitre espagnol à la musique nous renseigne sur sa vision de la peinture. La représentation de la musique comme sujet permet au peintre de dialoguer avec toute une tradition picturale (Velasquez, Degas, Toulouse -Lautrec…)Picasso aime la musique qui se voit et se positionne ainsi comme défenseur de la peinture figurative. Autrement dit, ce n’est pas la musique qu’il condamne mais l’art abstrait.  

 

 

« Au fond quand on parle d’art abstrait, on dit toujours que c’est de la musique. Quand on veut en dire du bien on parle musique. Tout devient musique […].Je crois que c’est pour ça que je n’aime pas la musique ». 

 

Si tout devient musique, quelle place pour la peinture ? La mise en relation de la musique et des Arts visuels nous invite à réfléchir sur les singularités respectives de chaque discipline. On aurait peut-être pu compléter la déclaration de Picasso ainsi : « Je n’aime pas la musique autant que la peinture ». Pas très étonnant pour un peintre. Plus qu’une hiérarchie, Picasso semble défendre l’idée d’une fusion des arts. L’amour de Picasso pour la musique est abstrait sinon ambiguë. En tout cas, toute sa vie, ce peintre aura eu l’oeil… musical.

 

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Arthur Barbaresi