Philippe Meyer, chroniqueur sachant chroniquer…

… pour des auditeurs sachant auditer, on connaît la chanson, très conseillée pour le coup. D’ailleurs, la prochaine fois, peut-être qu’il nous la chantera.
Philippe Meyer fait partie de ces invités qui nous font regretter amèrement le raccourcissement de notre rendez-vous quotidien et vespéral, car on l’écouterait des heures. Comme il semble le savoir, l’animal, il n’est pas avare de paroles, mais, plus rare, il sait aussi très bien écouter. Sa pratique de la conversation élevée au rang des beaux-arts nous rappelle un temps pas si lointain – ou certains coins de France où on la pratique encore assidûment – au cours duquel on prenait le temps, précisément, de butiner, de baguenauder, de tailler la bavette avec son interlocuteur sans avoir l’oeil rivé sur sa montre, en courant après notre propre futilité tout en croyant faire des choses très importantes.
Je l’imagine dans une famille assez exigeante sur le plan intellectuel, élevé plutôt à la dure, et lui essayant de passer entre les gouttes des obligations et des pressions, trop malin pour s’y opposer de front, et ayant gardé de ce zig-zag salvateur un goût pour les chemins de traverse (qui sentent la noise-e-ette), un dilettantisme funambulesque, buissonnier et souriant. Car on peut faire très bien plusieurs choses à la fois ou successivement et travailler dur tout en ayant la délicatesse de se faire passer pour un incorrigible paresseux se moquant de tout (sans s’oublier au passage) et n’étant dupe de rien. Philippe Meyer n’est pas un donneur de leçons comme la plupart des humoristes à la mode, mais un moraliste facétieux à la Jules Renard qui sait que l’impertinence sans un minimum de pertinence ne vaut pas cher. Car il est des vrais moralistes comme des vrais aristocrates : ils se donnent beaucoup de mal pour qu’on ne s’en rende pas compte. Noblesse oblige.
Voici son programme :
Tchaïkovski : Cinquième symphonie Orchestre de Leningrad dirigé par Mravinski 3e mvt
Tic toc choc de François Couperin par Marcelle Meyer ET par Georges Cziffra
Air de Colline dans la Bohême « Vecchia zimarra senti ».
Bach Partita N° 2 en do mineur Martha Argerich « Capriccio »

Madeleines
« La Truite » par Les Frères Jacques
L’Acte I scène 1 de Don Giovanni « Lasciatela indegno (Version Rosbaud)
Le Cantique de Racine de Fauré