Philippe Herreweghe dirige la Passion selon Saint-Jean de Jean-Sébastien Bach

Des deux passions de Bach conservées, la Saint Jean fut la première composée, et remise plusieurs fois sur le métier par le cantor pour des exécutions différentes entre 1724 et 1747.

Bach a donné la Passion selon Saint Jean pour le Vendredi Saint de 1724

À St Thomas de Leipzig, Bach disposait d’un ensemble choral et instrumental suffisamment aguerri pour permettre la virtuosité des airs et chœurs. Ainsi, il a poussé au maximum les effets de rhétorique mettant en valeur le texte dramatique autant que doloriste qu’il devait incarner. À peine un an après son arrivée à Leipzig, il donna ce premier grand chef-d’œuvre pour le Vendredi Saint de 1724. C’était alors de loin la plus vaste de ses compositions.

 

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En répartissant musicalement les rôles, Bach rend clairement identifiables pour l’auditeur les différents personnages. Le narrateur (ténor) raconte les faits avec des récitatifs parfois mêlés d’arioso. Se joignent à lui les principaux protagonistes : Jésus (basse), Pilate (baryton-basse), Pierre (baryton ou basse), et des serviteurs. La foule est représentée par le chœur, qui tantôt participe à l’action, tantôt la commente, dans la tradition du théâtre antique. L’auditeur de l’époque peut d’autant plus s’identifier au chœur que Bach utilise souvent le choral pour ces passages de lamentation intemporelles. Forme musicale bien connue des luthériens, le texte des psaumes y est facilement compréhensible.

 

C’est la troisième version discographique de Philippe Herreweghe

Philippe Herreweghe et le Collegium Vocale Gent en proposent une lecture aboutie qui reflète leur connaissance du compositeur, fondée sur d’abondantes recherches et approfondie par d’innombrables concerts. Il s’agit de la troisième version discographique du chef, et la première à paraître sous étiquette « PHI », réputée pour la qualité de ses prises de son. Dans sa précédente gravure de 2001 (Harmonia Mundi), Herreweghe s’était fondé sur la version de 1725.

 

 

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Il revient ici à la version sinon initiale, du moins traditionnelle, avec le célèbre et bouleversant chœur d’ouverture « Herr, Herr, Herr, unser Herrschen, dessen Ruhm in alle Landen herrlich ist ! ». La conception, elle, n’a pas fondamentalement changé, avec des tempos fluides, homogènes, et des phrasés d’une grande souplesse. Les solistes Krešimir Stražanac et Maximilian Schmitt démontrent l’étendue de leurs talents dans les rôles de Jésus et de l’Évangéliste, tandis que la soprano Dorothée Mields magnifie les airs de soprano. Une parution des plus heureuses en ces temps pascal !

Jean-Sébastien Bach : Passion selon Saint-Jean. Solistes, Collegium Vocal Gent, dir. Philippe Herreweghe (2 CD PHI)

Décernés chaque semaine, les Trophées Radio Classique priment un nouvel album, mis à l’honneur notamment dans l’émission « Tous Classiques » de Christian Morin.

 

Jérémie Bigorie

 

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