Paris, Rouen, Le Havre : Les ports de la Seine gérés ensemble par Haropa pour survivre

Les trois ports de la Seine, Le Havre, Rouen et Paris ont décidé de fusionner administrativement en ce 1er juin. Ils vont être dirigés comme une entreprise commune baptisée Haropa avec une seule direction, mais chaque port va garder son identité et sa localisation. On ne va pas les rapprocher géographiquement mais stratégiquement.

Les ports français sont en retard sur la concurrence européenne

L’ambition est d’unir les forces pour créer un nouvel ensemble qui aura plus de moyens, plus de poids et qui pourra aussi mettre en œuvre des synergies. On dit souvent que l’union fait la force et on en a bien besoin, parce qu’on devrait avoir les meilleurs ports de l’Europe et il faut bien l’avouer… ce n’est pas du tout le cas. Les ports français sont en retard sur la concurrence européenne, et la situation est même dramatique. Sur le papier on devrait être les champions de l’Europe : on a la plus belle des façades maritimes avec des ouvertures sur la Méditerranée, l’Atlantique et la mer du Nord.

 

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Les fleuves qui traversent notre territoire et notre réseau routier peuvent être très complémentaires avec les docks, car quand un containeur est débarqué, il n’a fait qu’une partie du voyage. On devrait être la porte principale d’entrée sur le Vieux Continent et on a que des miettes. Nos grands ports gèrent un peu plus de 300 millions de tonnes par an. Rotterdam à lui tout seul en fait 470. Et Anvers tout seul gère 4 fois plus de containeurs que Le Havre, Rouen et Paris réunis. 40% des marchandises qui arrivent ou qui partent de France, partent de ports étrangers alors que nous avions toutes les cartes en main.

 

Comment s’explique cette défaite des ports français ?

C’est un problème d’organisation, de culture, d’image. Nos ports ont trop longtemps été gérés comme des administrations et trop longtemps la CGT docker a pris en otage les quais en faisant comme s’il n’y avait pas de concurrence. Dans les autres pays, les ports sont souvent des entreprises privées, les salariés sont bien traités et les clients aussi. Ca marche parce que les besoins sont énormes. 90% des échanges de marchandises passent par la mer. Même au niveau européen, un quart du commerce transite par des bateaux. C’est un segment en croissance de 3% par an en moyenne depuis presque 50 ans. Et c’est un secteur qui crée des dizaines de milliers d’emplois. Mais il faut investir et accepter de se réformer vite et en profondeur. Pas faire juste des petits pas. Changer la gouvernance pour les ports de la Seine c’est bien mais il ne faut pas que ce soit trop peu, trop tard.

David Barroux

 

 

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