Olivier Faure « Personne n’oblige François Fillon à rester candidat »

Ce matin à 8h15 sur Radio Classique

Olivier Faure, député socialiste de Seine-et-Marne, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale et secrétaire national du PS
Invité de Guillaume Durand

« Personne n’oblige François Fillon à rester candidat »

Extraits :

A propos de l’affaire Fillon

« La théorie du complot est une théorie assez éculée et qui s’utilise généralement pour se défendre quand on n’a plus d’arguments. C’est toute la difficulté, parce qu’il y a, hélas pour la droite, un lien entre le comportement passionnel de François Fillon et son projet. C’est très compliqué d’expliquer désormais au Français qu’ils doivent faire des sacrifices par exemple sur l’assurance chômage alors même qu’on découvre que Madame Fillon a des indemnités de licenciement qui sont très excessives.(…) Personne n’oblige François Fillon à rester candidat et personne ne l’oblige à rester non plus. Pour ce qui est de la gauche nous observons aujourd’hui une presse qui est une presse libre et une justice qui est indépendante. »

A propos d’un éventuel retrait de François Fillon

«Il y a un problème démocratique. Le problème c’est que la solution appartient à François Fillon seul, qui est le seul détenteur d’un pouvoir qui lui a été donné par les primaires. C’est lui seul qui peut juger du moment où il est encore audible et où il est encore crédible.
(…)

« C’est un choix qu’il doit faire lui. S’il a le sentiment que sa campagne est entravée en permanence par les révélations, par l’incapacité pour lui à exprimer une pensée parce qu’il est rattrapé par les dossiers qu’il a sous-estimés et sur lesquels il a, à l’évidence, répété les mensonges et bien effectivement il doit faire le choix de laisser à quelqu’un d’autre dans son camp la possibilité de défendre les idées auxquelles il croit. Ce n’est pas le chemin qu’ils prennent. Ils ne peuvent pas prendre en otage ni la justice ni la presse ni les Français en expliquant que, parce qu’ils ont pris cette décision-là, désormais on doit taire toute vérité à son sujet. »

A propos des médias en France

« Est-ce qu’on peut considérer que la presse est une presse aux ordres du pouvoir ? Alors qu’on a un président de la République qui a été empêché et qui n’a pas pu se représenter pour la première fois sous la Ve République ? On est dans une situation où il est quand même assez difficile d’expliquer que tout cela ne serait qu’un vaste complot avec une classe médiatique et politique qui serait de gauche. (…) Quant à la justice, quand l’affaire Cahuzac a éclaté, personne n’a reproché à la justice d’agir avec célérité, personne n’a reproché à qui que ce soit d’agoniser Thomas Thévenoud alors même qu’on était dans une situation très différente puisqu’il n’y avait pas de fraude. »

A propos du déficit commercial et de l’abandon de l’écotaxe

« Je voudrais rappeler que c’est la droite qui a soutenu l’abandon de l’écotaxe et (…) moi j’ai plaidé pour le maintien de l’écotaxe. Je savais que cela coûterait très cher à l’Etat et que les gaspillages publics ne sont plus admissibles. Mais sur le déficit commercial, je ne pense pas qu’on puisse l’attribuer au gouvernement de manière exclusive et si on devait reprendre la séquence économique de ces 5 dernières années je ne pense pas qu’on puisse dire que la gauche ait été le mauvais élève de la classe. Au contraire, sur la question de la dette, des déficits, de l’investissement, de la création d’emplois, sur tous ces sujets là on a une gauche qui a fait le choix de renouer avec la compétitivité, cela nous a été assez reproché. On ne peut pas dire qu’on ait une gauche qui soit inconsciente face à une droite qui aurait tout réussi, c’est tout l’inverse. A chaque fois que la gauche est au pouvoir, c’est au contraire elle qui redresse les comptes publics.»

A propos de Benoit Hamon et du revenu universel

« Il a échelonné son propre projet de revenu universel sur un tempo très long avec une expérimentation qu’il veut au départ limiter à l’augmentation du RSA de 10% et ensuite, donner au 18-25 ans la possibilité de disposer de ce revenu pour pouvoir faire des études sans avoir besoin par exemple d’aller se consacrer à des petits boulots. On est sur un projet cadré et plus du tout sur un projet qui a été évalué à 400 milliards et qui en réalité ne coûte pas 400 milliards. On fait toujours comme si c’était un jeu à somme nulle mais l’argent serait distribué et l’argent qui serait repris. Personne ne pourrait imaginer par exemple que madame Bettancourt puisse disposer de ce revenu et ensuite que ce revenu ne soit pas réintégré par le biais de la fiscalité.»
(…)

« C’est testé dans plusieurs états aux Etats-Unis, en Inde, en Finlande. Je pense qu’il y a besoin d’expérimenter pour voir quelles sont en réalité les traductions concrètes (…) C’est quand même formidable que dans ce pays on n’accepte pas l’idée que des idées neuves puissent émerger.
(…)
« Ce n’est pas toute la population c’est les 18-25 ans, c’est beaucoup et en même temps c’est une population qui est en grande difficulté, qui se soigne mal, qui échoue dans ses études alors que nous avons besoin de hausser le niveau de formation, parce que c’est aussi une génération qui malheureusement enchaîne les petits boulots. (….) Je prends l’exemple de mon département (Seine et Marne) nous avons un des taux d’abandon d’études post-baccalauréat qui est l’un des plus forts. Pourquoi ? Parce que nous n’avons pas d’infrastructures d’enseignement supérieur dans le sud du département (…) les gens ont des transports qui sont longs et des petits boulots, ce qui crée des conditions de travail insupportables et des gens qui abandonnent très vite. »

A propos des députés qui se rallient à Emmanuel Macron

« Il y en a moins d’une dizaine à ce jour qui ont rejoint Emmanuel Macron sur 288. La règle posée par Jean-Christophe Cambadélis c’est que tous ceux qui accorderont leur parrainage à un autre candidat que le candidat du Parti Socialiste seront exclus du Parti Socialiste, ce qui est assez logique. »

A propos de l’affaire d’Aulnay-Sous-Bois

« La fermeté doit être absolue sur ce genre de sujet car le lien de confiance qui doit exister entre les citoyens et la police est un lien sacré. Il faut que la justice passe à Aulnay pour les policiers qui ont éventuellement commis des actes de barbarie, et elle doit passer de même à Châtillon quand il y a des voyous qui ont commis des actes impardonnables contre les policiers. Voilà l’équilibre qu’il faut maintenir. »