Nézet-Séguin et l’Orchestre de Philadelphie : Rachmaninov interprété par « son » orchestre américain

Après une ébouriffante intégrale des Concertos pour piano aux côtés de Daniil Trifonov, Yannick Nézet-Séguin poursuit son forage dans l’œuvre de Rachmaninov à la tête de l’Orchestre de Philadelphie, phalange à laquelle le compositeur dédia la partition des Danses symphoniques.

Aux dédicataires de ses Danses Symphoniques, Rachmaninov déclare : « Chaque fois que j’écris, c’est avec le son de Philadelphie dans mes oreilles »

Détruite par le compositeur après sa création, puis reconstituée bien des années plus tard à partir du matériel d’orchestre qui, lui, était resté intact, la Symphonie n° 1 est l’œuvre d’un jeune homme de 22 ans. D’un bout à l’autre, la symphonie déploie un contraste saisissant entre des thèmes au caractère presque liturgique et d’autres présentant des inflexions tsiganes. On a interprété cette polarité comme le reflet d’un drame personnel vécu par Rachmaninov. Elle fut créée dans le cadre des Concerts symphoniques russes le 15 mars 1897 à Saint-Pétersbourg sous la direction d’un Alexandre Glazounov ivre. L’accueil fut si mauvais que le compositeur tomba dans une dépression nerveuse pendant trois ans.

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Quand il compose son testament musical en 1940 avec les Danses symphoniques, Rachmaninov évolue désormais dans un autre monde : l’avènement de la Révolution russe en 1917 l’avait contraint, à la faveur d’une tournée en Suède, à quitter la Russie ; il vit alors comme pianiste aux Etats-Unis et en Europe occidentale. Une période qui l’éprouve par le grand nombre de concerts qu’il donne, lui laissant peu de temps pour la composition, même s’il parvient à compléter trois œuvres importantes : la célèbre Rhapsodie sur un thème de Paganini (1934), la plus secrète Symphonie n°3 (1936) et les ultimes Danses symphoniques (1940), conçues pour la rutilance proverbiale de l’Orchestre de Philadelphie (ces œuvres ont d’ailleurs des allures de concerto pour orchestre), dirigé alors par Eugène Ormandy. Yannick Nézet-Séguin se présente aujourd’hui – à la suite de Charles Dutoit (Decca) – comme son digne héritier même si sa direction, plus attachée au cantabile mélodique qu’à la vigueur rythmique, nous rappelle au passage le grand chef lyrique qu’il est : en témoigne notamment sa manière de phraser avec nostalgie le sublime thème entonné par le saxophone alto dans la Première danse, ou le subtil rubato de la Deuxième – en réalité une valse élégiaque. On attend les Symphonies n° 2 et 3 avec impatience !

Jérémie Bigorie

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