Né d’aucune femme

A l’occasion du salon du livre, notre coup de cœur littérature !

 

Il s’agit du roman « Né d’aucune femme » de Franck Bouysse. Une silhouette encapuchonnée se faufile dans le confessionnal. « Mon père… » La voix est basse, si hésitante que le Père Gabriel doit se pencher pour entendre. « On va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile. Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés. Les cahiers de Rose. » Le prêtre reste interdit. Il n’a pas le temps d’en demander davantage : déjà la jeune femme s’est enfuie. Mais en effet, quelques jours plus tard, il est appelé à l’hospice, et il trouve sous les jupes de la défunte, des journaux intimes qu’il parvint à emporter au presbytère. Le voilà plongé dans l’histoire de Rose, née un quart de siècle auparavant dans une famille de paysans misérables.

Dans l’espoir d’améliorer le sort des siens, son père la vend quand elle atteint l’âge de 14 ans, au châtelain d’une propriété voisine. Il regrette aussitôt son geste mais il est trop tard. La jeune fille est aux mains de cet homme d’une inimaginable cruauté, et de sa mère, une vieille femme acariâtre et mauvaise qui a pour elle de noirs desseins.

Vite brisée, Rose n’aura à leur opposer que la fragilité de ses mots qui seuls la garderont debout. Écrit dans une langue magicienne, ce roman est tout simplement magnifique. La prose de Franck Bouysse a le goût du sang et de la terre. Sa lumineuse héroïne est de celles qui vous marquent longtemps.

 

Franck Bouysse, Né d’aucune femme La Manufacture de livres, 336 pp., 20,90 €.

Pour qui ? Pour ceux qui ont aimé Jane Eyre de Charlotte Brontë, My absolute Darling de Gabriel Tallent ou La salle de bal d’Anna Hope.

 

Elodie Fondacci