MOZART PASSE SON BACH

Jouées par l'Akademie für Alte Musik Berlin, les transcriptions des pièces de Bach par Mozart sont plus que des découvertes, de vraies merveilles.

C’est à Vienne, en 1782, que Mozart a réalisé pour lui-même une série de transcriptions de pièces de Johann Sebastian Bach après avoir découvert l’œuvre du Cantor dans la bibliothèque de son ami le baron van Swieten. Il écrit alors à sa sœur qu’il est " en train de [se] faire une collection de fugues de Bach ". Nous sont ainsi parvenus deux cahiers de six fugues essentiellement tirées du Clavier bien tempéré : l’un pour trois voix – un trio à cordes -, portant le numéro K. 404, et dont l’attribution est aujourd’hui discutée, l’autre pour quatuor, K. 405. Du premier, on connaît de nombreuses versions, notamment d’Arthur Grumiaux et de ses amis. L’autre, le K. 405, a peu été enregistré, et ne figure même pas dans les intégrales Mozart de Philips et Brilliant… Seul l’ensemble Phantasm s’y est attelé, pour le label Simax. C’est dire l’intérêt de cette nouvelle parution. Mais il n’est pas seulement musicologique, ou discographique. Il est avant tout musical. Les cinq adaptations de fugues du Second Livre (BWV 871, 874, 876, 878 et 877, transposée de do dièse mineur à ré mineur – la sixième n’est qu’un fragment) ont été intelligemment complétées par différentes pièces du même acabit, inconnues ou célèbres comme l’Adagio et Fugue K. 546, qui n’est pas un arrangement de Bach, mais une œuvre de Mozart directement inspirée par son art. Ces partitions sont en outre jouées par l’Akademie für Alte Musik Berlin avec différentes distributions instrumentales : orchestre à cordes, vents, ensemble mixte et même pianoforte pour la Fugue K. 426. Tout cela dans le but de privilégier la clarté du contrepoint et de construire la dramaturgie du disque, savamment agencée. Bref, une petite merveille.