Mort de Guy Bedos : Son enfance douloureuse à l’origine de sa « constance dans la rébellion »

Guy Bedos s’est éteint hier à l’âge de 85 ans. L’humoriste et acteur était « une figure de la gauche culturelle ». Retour sur la vie d’un artiste qui avait le goût de la provocation.

 

 

L’enfance algérienne de Guy Bedos fut un enfer, avec un père autoritaire et réactionnaire qui bat sa femme

On entend un cri du coeur à la Une du journal Libération. Un homme aux cheveux blancs vous regarde ahuri, les épaules légèrement tombantes, comme dépité par son époque sur laquelle il avait tant à dire et de quoi rire. Cet homme, c’est évidemment Guy Bedos, « La rage de rire », titre Libé, qui rend un hommage appuyé à l’humoriste et acteur, une figure de la gauche culturelle, mort hier à âge de 85 ans.

 

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« Il est parti au paradis », titre Le Parisien-Aujourd’hui en France, par référence au film Nous irons tous au paradis. « Mort d’un humoriste engagé », annonce Le Figaro très sobrement. « Avec Guy Bedos qui s’en va, c’est un pan de la culture populaire qui s’en va en même temps qu’un symbole incommode pour la gauche française », écrit Laurent Joffrin dans Libé. L’éditorialiste, qui a la bonne idée de nous éclairer sur cette liberté, cette capacité à provoquer le rire. D’où lui venait-elle ?

 

 

« Avec elle, le cliché du clown tragique prend tout son sens, explique Laurent Joffrin. Le tragique est familiale d’abord. Un père autoritaire et réactionnaire qui bat sa femme, laquelle se venge sur son fils. L’enfance algérienne de Guy Bedos est un enfer qui lui laisse une blessure à vie ».

 

 

« Salut l’emmerdeur ! », titre Le Parisien, qui publie l’album photo de sa vie d’artiste

« Le premier gouvernement que j’ai subi, c’est ma mère et mon beau-père. Ma constance dans la rébellion vient de là », dira-t-il plus tard au Monde. Famille anti-sémite, maréchaliste, Guy Bedos aura le sens de la contradiction dès l’âge de raison et adoptera pour le restant de ces jours l’espérance de la justice, toujours déçue et toujours renouvelée. Voilà pour l’inspiration mais il y a aussi le don. « Une fée ironique s’est penchée sur le berceau de Guy Bedos, berceau de douleur », poursuit Laurent Joffrin.

Il sait faire rire, instinctivement, naturellement, rire de lui-même et des autres avec une égale acuité. Durant toute sa carrière, il mêlera cynisme et humour populaire sous des apparences séductrices. « Salut l’emmerdeur ! », s’attendri Le Parisien, qui publie l’album photo d’une vie de théâtre, de one-man-show et de cinéma, avec la photo de son mariage avec Sophie Daumier et celle d’une scène de table avec les copains d’Un éléphant, ça trompe énormément.

 

 

Guy Bedos aura été convoqué au tribunal pour avoir insulté Nadine Morano

On le retrouve aussi serrant la main de François Mitterand, le félicitant de sa victoire en 1981 ; François Mitterand auquel il ne pardonnera pas son amitié avec le collaborateur René Bousquet. Le site de FranceTvInfo rappelle que c’est à la fin des années 1970 que Guy Bedos commence à intégrer une revue de presse à ses one-man-show. Elle deviendra le point d’orgue de ses spectacles.

 

 

Il a évidemment la dent dure, ce qui lui vaudra d’être trainé au tribunal par Nadine Morano, il y a quelques années, qu’il traite de conne. « Je n’insulte pas, j’informe », dira-t-il. Une revue de presse que son public attend. Une revue de presse qui, s’il la faisait encore, se nourrirait des journaux d’aujourd’hui. On citera pour finir son fils Nicolas, qui annonçait hier soir sa mort : « Il était beau, il était drôle, il était libre et courageux. Comme je suis fier de t’avoir eu pour père ».

 

David Abiker 

 

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