MONTEVERDI EN PLEINE FLORAISON

Les madrigaux de Monteverdi invitent tous les amoureux de la période baroque à un voyage essentiel au cœur de la musique vocale.

Paraissant un an après le volume II intitulé " Mantova ", ce premier volume nous prive du court roman accompagnant jusque-là les différents enregistrements des éditions Arts Florissants. N’importe, la vie de Monteverdi n’en est-elle pas un ? Tout commence à Crémone, ville natale du compositeur où verront le jour les Livres de Madrigaux 1 à 3, c’est-à-dire avant qu’il n’opère sa mue de la prima à la seconda prattica qui lui vaudra les foudres du théoricien Artusi. Déjà s’affirme le génie, au détour de tel figuralisme échappant à la convention, ou bien dans cette obsession d’intelligibilité du texte – à rebours du contrepoint franco-flamand – dont la quête ultime se cristallisera dans l’opéra. Autant de subtilités qui n’ont pas échappé à Paul Agnew, fin connaisseur du corpus monteverdien : ainsi dans la première plage " Cantai un tempo, & se fu dolc’il canto ", inspiré d’un madrigal de Cyprien de Rore, où l’interprétation donne à entendre ce glissement de registre entre l’hommage à l’Ars Perfecta, et la vie intérieure que Monteverdi parvient à insuffler aux lignes vocales ; tout juste regrettera-t-on le manque de moelleux de l’acoustique (Philharmonie 2). La palette de pigments fait partout merveille, suivant au plus près les méandres de l’imagerie textuelle (le ton badin et sautillant de " Fumia la pastorella " et surtout la dentelle qu’est " S’andasse Amor à caccia " d’après le Tasse), grâce à une alchimie des timbres adaptée à chaque poème (l’éclairage tout à coup plus criard pour souligner " parlar insano " plage 7) sans que jamais le naturel ne fasse défaut : tout cela coule comme si, à la seule lecture de la partition, on se chantait la polyphonie intérieurement. Un disque magnifique.

Claudio Monteverdi (1567-1643)
Madrigali (vol. 1) : Cremona.
Extraits des Premier, Deuxième et Troisième Livres de Madrigaux
Les Arts Florissants, dir. Paul Agnew
Éditions Arts Florissants (Harmonia Mundi). 2015.
59’
Nouveauté