Michel Serres, l’érudition en chantant

Pour la première fois de sa carrière, le philosophe Michel Serres consacre un livre à la Musique après avoir chatouillé la lyre d’Orphée, comme on tourne auprès d’un fruit défendu, au cours d’une cinquantaine d’ouvrages. Avec son accent chantant, héritier de la langue d’oc, il nous livre ses réflexions sur un ton professoral, sans oublier de citer abondamment le titre de son livre, exercice promotionnel oblige. Disert, charmant, passionnant lorsqu’il évoque l’origine des vieilles chansons enfantines de France, il devient plus ennuyeux en abordant le domaine de la musique pure. Ah, ces philosophes sont incorrigibles. Dès qu’ils parlent musique, ils ressemblent à un biologiste fou qui tente d’autopsier un corps pour en extraire l’âme humaine. Mission impossible ! Elie Wiesel avait eu des mots plus émouvants en évoquant la perfection d’A la claire fontaine et la pureté de ces mots : « Il y a longtemps que je t’aime / Jamais je ne t’oublierai. » Le chef d’orchestre Emmanuel Krivine nous l’a rappelé récemment : la musique est un langage qui ne s’explique pas avec des mots.
La seule chose que l’on puisse faire, c’est d’exprimer des émotions. Ces émotions éclairent la musique de l’intérieur, témoignent de son mystère, de sa force. Expliquer la composition du pain (de la farine et de l’eau) ne peut ni rendre compte de l’amour du boulanger ni de la ferveur des apôtres qui le rompent en un rite éternel.
Voici son programme :

Les cinq oeuvres classiques

1 Xenakis : les phthopraktas
2 chanson populaire russe
3 Tonnerre (Hippolyte et Aricie de Rameau)
4 La mer de Debussy
5 Handel une partie mezzo du Messie : « But who may abide »

Les Madeleines

1 Au clair de la lune
2 Le roi Dagobert
3 La mère Michel qui a perdu son chat

La vie
Berlioz Symphonie Fantastique, la valse

La mort
Brassens : Supplique pour être enterré sur la plage de Sète

L’amour
Berceuse de Chopin