Michel Corboz, la foi du charbonnier

Cela fait cinquante ans que Michel Corboz a fondé son Ensemble vocal et instrumental de Lausanne. Comme Jean-Sébastien Bach à Leipzig, il aurait pu rester dans son canton suisse comme un humble maître de chapelle et il aurait été très heureux. Le développement des nouveaux moyens de communion, l’essor de la musique enregistrée en ont décidé autrement : ses disques se sont vendus dans le monde entier. Mais il est resté le même, malgré les tournées internationales et le succès. Le seul poste qu’il a accepté, sans jamais abandonner son ensemble suisse, c’est la direction du choeur de la Fondation Gulbenkian à Lisbonne. On est loin de la carrière moderne d’une star de la baguette, passant d’un orchestre à l’autre, accumulant les directions artistiques en restant six semaines par an dans chaque institution.
Michel Corboz a creusé son sillon et il a résisté aux modes. Pas en fossilisant son credo artistique, contre vents et marées, puisqu’il est resté ouvert aux nouvelles découvertes musicologiques. Il les a intégrées comme il n’a cessé de renouveler les membres de son ensemble, mais il est toujours resté circonspect face aux déclarations tonitruantes d’authenticité, sachant bien distinguer ce qui était intéressant musicalement avec ce qui était surtout un argument commercial ou un phénomène éphémère.
De même, il parle de sa foi avec timidité, comme une disposition naturelle, intime, indissociable de son art, pas comme un porte-drapeau idéologique. Il sait distinguer le religieux du sacré. Le religieux, lorsqu’il quitte la sphère privée, relie des groupes et les sépare les uns des autres. Il mène aux guerres. Le sacré relie tous les hommes, croyants ou non-croyants, chrétiens, juifs ou musulmans, dans une même recherche spirituelle, hors de tout prosélytisme.
Voici son programme :

1 La mer, Charles Trenet
2 Choral Jésus ma Joie, Bach au piano avec Dinu Lipatti
3 En passant par la Lorraine. que je chantais à 6 ans, mon oncle au piano
faisait des harmonies inoubliables; s’il y a un piano, je les redonnerai…
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1 Bach, Passion St Matthieu, « Erbarme dich »
2 Bach, Passion selon St Jean
3 Requiem de Fauré, « Pie Jesu »
3 Gounod, Requiem, Benedictus duo+choeur (vient de paraître) Mirare
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1 Jacques Brel Ne me quitte pas
2 Monteverdi, Lamento della Ninfa (avec Loehrer)