Menahem Pressler joue Schubert, Mozart et Beethoven

Poète et virtuose discret du piano, Menahem Pressler joue, raconte ce qui fut et qui, certainement, ne sera plus, avec une nostalgie doucement amère.

Aldo Ciccolini, Philippe Bianconi, Pascal Amoyel… Menahem Pressler. Le label La Dolce Volta engrange les succès et il est réconfortant qu’il associe des artistes de diverses générations, mais dont le point commun demeure leur attachement à transmettre un message puissant. Dans le cas de Menahem Pressler, le témoignage prend vie de manière d’autant plus émouvante que l’artiste a réalisé une grande partie de sa carrière en tant que musicien chambriste. Le Beaux Arts Trio revit dans ce programme viennois, qui est à la source de l’esprit européen et d’une certaine modernité.
La manière dont Menahem Pressler interprète la Sonate en sol majeur avec ses silences, les phrases qui refusent de mourir suggère le dialogue, appelle les absents. Le premier mouvement passe ainsi à pas feutrés, du sourire aux larmes. Impossible d’interrompre cette œuvre qui porte le sous-titre de « fantaisie ». Le Rondo, sorte de synthèse de la quintessence mozartienne est vécu jusque dans le moindre souffle. Plus le jeu de Menahem Pressler s’enfonce dans la solitude, plus il atteint la simplicité et la vérité de cette musique douloureusement anodine. Les Bagatelles, de Beethoven, enfin, mettent un point final au classicisme. Achevées en 1824, elles attirent l’auditeur – tout comme dans les trois dernières sonates – vers une perception inédite de l’abstraction sonore. C’est une musique objective dont l’interprète connaît les moindres circonvolutions. Il n’en est que le traducteur, oubliant Schubert et Mozart pour se tourner vers la musique de l’avenir. Ce disque est le témoignage d’une vie d’artisan, l’un des derniers « grands » du piano.
Menahem Pressler (piano)
Schubert : Sonate n° 18 D. 894. Mozart : Rondo K. 511. Beethoven : Bagatelles op. 126
La Dolce Volta LDV12 (Harmonia Mundi). 2013. 74’
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