Massenet par Laurent Campellone

Grand merci au chef d’orchestre Laurent Campellone qui tire de l’oubli l’un des derniers « Grands Opéras » français, « Le Mage » de Massenet.

Ceux qui s’imaginent Massenet comme un compositeur langoureux, chantre de la féminité et sentant le boudoir, devraient d’urgence écouter ce Mage (1891), qui se situe entre Manon et Werther. C’est l’œuvre de son auteur qui épouse le plus parfaitement les conventions du " Grand Opéra ", avec son découpage en 5 actes, son action spectaculaire et son ballet obligé. Loin des douceurs qui ont fait sa réputation, Massenet fouette son sens dramatique, et relance l’intérêt de l’auditeur en multipliant les effets de masse et les contrastes d’atmosphère. Les historiens se disputent aujour­d’hui encore quant à la raison pour laquelle Le Mage est tombé dans l’oubli. Une chose est sûre : ce n’est pas à cause de la musique. La partition est un trésor d’invention : elle regorge de trouvailles mélodiques et déploie une orchestration fastueuse. On pourra à la rigueur incriminer un livret compliqué, mais le texte n’est ni pire ni meilleur que beaucoup d’autres à l’époque. Scandale absolu de l’histoire de la musique : ce chef-d’œuvre n’avait jamais été enregistré. L’opéra de Saint-Etienne, aidé par le Palazzetto Bru Zane, rend justice à ce péplum en le restituant dans sa parfaite intégralité.
Ceux qui appréciaient la plume de Laurent Campellone comme critique seront heureux de retrouver ses qualités de sensualité et de poésie dans sa direction : l’orchestre n’est pas le plus luxueux qui soit, mais il donne tout ce qu’il a dans le ventre et soulève les grandes houles quand il le faut. Les chanteurs sont au diapason. Le travail éditorial est exemplaire, et l’objet livre-disque est un plaisir en lui-même. Le Mage resplendit à nouveau, au firmament de l’opéra français. À quand la même réussite pour les opéras de Meyerbeer, qui fut l’inspirateur de ce grand courant ?
Jules Massenet
(1842-1912)
CHOC
Le Mage
Luca Lombardo (Zarastra), Catherine Hunold (Anahita), Kate Aldrich (Varedha), Jean-François Lapointe (Amrou), Marcel Vanaud (Le roi d’Iran), Chœur lyrique et Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire, dir. Laurent Campellone
Ediciones Singulares 2 CD ES1013(Harmonia Mundi). 2012. 2 h 18′ Nouveauté 1re