L’hirondelle a fait le printemps à New York

Angela Gheorghiu et Olivier Bellamy dans les coulisses du Metroplitan Opera    Angela Gheorghiu, Roberto Alagna et Renée Fleming dans les coulisses du Metropolitan Opera           
Il fait très froid à New York et il neige. Pourtant, à 13 h dimanche, au très prestigieux Opéra du Metropolitan de New York, l’opéra peu connu de Puccini « La Rondine » (L’hirondelle) a annoncé le printemps avec un peu d’avance. Pour ouvrir le 150e anniversaire de la naissance de Puccini, le directeur Peter Gelb, avait donné carte blanche au couple le plus glamour de l’opéra, Angela Gheorghiu et Roberto Alagna. C’est la soprano roumaine qui a choisi cette oeuvre basée sur un sujet français et qui a imposé la production de Nicolas Joël (le futur directeur de l’Opéra de Paris) déjà créée à Covent Garden avec les décors magnifiques d’Ezio Frigerio, transposant l’action du Second Empire aux années folles.

Accompagnés par l’excellent ténor roumain Marius Brenciu et l’imposante basse Samuel Ramey, les « Bonnie and Clyde » de l’Opéra (comme on les appelle parfois) ont prouvé qu’ils étaient avant tout un duo d’exception. C’est sur cette scène du Metropolitan de New York (dans le bureau du directeur exactement), pendant l’entracte d’une représentation de « La bohème » (Puccini encore !) qu’Angela et Roberto s’étaient mariés en décembre 1996. Leur long baiser dans l’acte II de « La Rondine » était donc particulièrement émouvant.

Le spectacle était retransmis sur Arte et diffusé dans 500 cinémas du monde (dont 40 en France), plus Internet : près d’un million et demi de personnes ont pu en profiter. 

Pourtant, la fête a failli tourner au cauchemar. Une heure avant, Angela Gheorghiu, qui a pris froid dans les rues de Manhattan, a annoncé à son mari qu’elle ne chanterait pas. Roberto sait qu’il est inutile d’insister. Quand Angela sent qu’elle ne possède pas 100 % de ses moyens, c’est non. Malgré la télévision, les 2 000 personnes qui avaient payé leur place (et fort cher) depuis longtemps. Roberto est parti au théâtre à pied et a laissé la voiture à sa femme. A 12 h 30, Peter Gelb s’est précipité à l’hôtel (sublime palace qui donne sur Central Park) pour convaincre la chanteuse. Il a su trouver les mots qu’il faut car à 12 h 40, Angela, maquillée et ragaillardie montait dans la voiture. A 12 h 45, elle entrait dans le théâtre, à 12 h 55, elle sortait de sa loge en costume et à 12 h 55, Peter Gelb montait sur scène pour annoncer qu’Angela demandait au public d’être indulgent. Elle fut parfaite.

Olivier Bellamy, Angela Gheorghiu, Michel Blanc, Julie Depardieu au Fiorello’s    Michel Blanc et Angela Gheorghiu à New-York
Après le spectacle, nous sommes allés dîner au Fiorello’s, le restaurant italien situé sur Broadway, en face du Met. Julie Depardieu, fan de Roberto, était là. Michel Blanc, qui est en vacances à New York, nous a rejoints. A la grande joie d’Angela, qui aime beaucoup l’acteur (elle est amie avec l’actrice roumaine qui jouait à ses côtés dans « Je vous trouve très beau »).  

Voilà. Le lendemain, j’ai retrouvé Angéla pour un entretien de trois heures (fantastique !) qui paraîtra dans le numéro de mars du Monde de la Musique, à l’occasion de la sortie chez EMI de « Madame Butterfly » où elle interprète Cio-Cio San avec l’extraordinaire ténor Jonas Kaufmann (ce qui rend Roberto un peu jaloux…). Elle est particulièrement contente de cet enregistrement qu’elle estime être l’un des meilleurs de sa carrière. Voilà qui nous donne l’eau à la bouche !

Aujourd’hui, je prends le train pour la banlieue résidentielle de New York pour retrouver la grande Renata Scotto pour enregistrer un « Invité Classique » exceptionnel (j’essaierai – merci Sandrine – de ne pas oublier de mettre les piles !) qui sera diffusé courant février ou mars (je vous en dirai plus dès que la date sera calée). 

A très bientôt sur les ondes, non pas Martenot, mais de Radio Classique !