L’ethnologue et la musique du monde

Rien de ce qui était humain ne lui était étranger. Dans son documentaire Le siècle de Lévi-Strauss, le réalisateur Pierre Assouline dépeint Claude Lévi-Strauss comme un homme à la curiosité immense et à l’humanisme lucide.

Celui qui est sans conteste l’un des plus grands intellectuels du XXe siècle a commencé l’ethnologie, non pas par nécessité, mais par un besoin de « s’aérer ». Mû par la volonté de s’émanciper du carcan intellectuel européen, le jeune étudiant en philosophie se rend à Sao Paulo en 1935 -au Brésil – pour s’essayer à une discipline dont il ne sait quasiment rien, l’ethnologie. Le documentaire s’appuie sur des images d’archives prises et commentées par Claude Lévi Strauss lui-même. Les portraits et les paysages sont puissamment émouvants et témoignent de la diversité humaine qui était si cher à cet aventurier. Les premiers tâtonnements ethnologiques de cet autodidacte se feront au contact des Borobos dont il observe les mœurs et la structure sociale. A ce travail empirique s’ajoute un long travail théorique que le chercheur élabore dans les rayons de la bibliothèque de New-York, loin de sa famille et des troubles politiques de la Seconde Guerre mondiale.

S’inspirant de la linguistique saussurienne, il est l’un des représentants les plus emblématiques de la pensée structuraliste dans les sciences humaines. Claude Lévi-Strauss s’inscrit en marge des revendications estudiantines de mai 1968 qui puisent dans l’existentialisme sartrien qui est, selon lui, une théorie de l’homme occidental coupé de son milieu naturel. Ne se reconnaissant pas dans cette figure de l’intellectuel, son engagement politique se fait d’une autre manière. Il enseigne au Collège de France et déconstruit le racisme en en observant le mécanisme universel (l’ethnocentrisme) dans sa conférence Race et Histoire publiée en 1952. Tout au long de sa vie, l’ethnologue a défendu l’Humanité dans la diversité de ses manifestations culturelles tout en portant un regard critique sur sa discipline et les liens qu’elle entretient avec le colonialisme.

Les sociétés dites primitives se caractérisent notamment par une interpénétration entre le poétique et le rationnel, caractéristique que l’on retrouve dans Triste Tropiques, l’ouvrage majeur de l’ethnologue composé à la manière d’une symphonie. Le grand regret de ce penseur est de ne pas avoir été compositeur à l’instar de son arrière-grand-père qui était musicien, et qui collabora notamment avec Offenbach. L’œuvre de Claude Lévi-Strauss est une grande transposition où les notes de l’ethnologue se confondent avec celle de la mélodie du monde.

 

Vous avez jusqu’à aujourd’hui pour visionner L’homme du siècle sur Arte replay:  https://www.arte.tv/fr/videos/058866-000-A/le-siecle-de-levi-strauss/

 

Arthur Barbaresi