Les opéras de Ravel par Laurent Pelly

Au plaisir de voir deux merveilles réunies s’ajoute celui de découvrir les productions de Laurent Pelly dans une captation de François Roussillon.

Aussi étrange que cela puisse paraître, il n’existait jusqu’à présent qu’une seule référence couplant en DVD les opéras de Ravel : Glyndebourne, déjà, cuvée 1987, dans la mise en scène haute en couleurs de Frank Corsaro, marquée par les décors de Maurice Sendak et la direction musicale de Simon Rattle (Warner). La mise en image semblera aujourd’hui bien datée. C’est donc avec un intérêt particulier que l’on doit accueillir cette nouvelle parution. Le Palais Garnier avait déjà donné L’Heure espagnole en 2004, alors couplée avec Gianni Schicchi. L’irrésistible vaudeville coquin, " avec un peu d’Espagne autour ", le revoici, toujours aussi drôle et tonique, porté par l’abattage de Stéphanie d’Oustrac, et servi par une équipe certes moins idiomatique qu’à Paris (on regrette le Gonzalve de Yann Beuron), mais qui possède un sens parfait du timing. C’est constamment cocasse et charmant.
Avec L’Enfant, on quitte le kitch surchargé de L’Heure espagnole pour entrer dans le monde du rêve éveillé. Toute la tendresse et l’imagination ravélienne sont là. Pelly l’a bien compris, cette histoire d’un enfant méchant tourmenté à son tour par les êtres et les choses qu’il a martyrisés, jusqu’à faire l’expérience de la bonté, est un hymne d’une tendresse oscillant perpétuellement entre l’humour et la parodie, et un lyrisme bouleversant. Ono, au diapason de la mise en scène imaginative, trouve le rythme et les couleurs adéquates à chaque scène.
Maurice Ravel
(1875-1937)
CHOC
L’Heure espagnole. L’Enfant et les sortilèges
Stéphanie d’Oustrac (Concepcion, l’écureuil), Elliot Madore (Torquemada, le chat), François Piolino (Torquemada, l’arithmétique, la théière, la grenouille), Alec Shrader (Gonzalve), Paul Gay (Gomez, le fauteuil, l’arbre), Glyndebourne Chorus, London Philharmonic Orchestra, dir. Kazushi Ono, mise en scène Laurent Pelly
Fra musica 008 (Harmonia Mundi). 2012. 2 h 05′ Son §§§ Image §§§