Les mots doux amers de Jean-Loup Dabadie

Cela fait longtemps que j’essaie d’inviter Jean-Loup Dabadie qui est le Gabriel Fauré du dialogue au cinéma ou au théâtre. Tendresse, nostalgie, finesse, pudeur. Avec des mots simples et justes, il va au plus profond du coeur de ses personnages parce qu’il a un sens peu commun de l’harmonie du langage et de la mélodie des phrases. Sans parler des paroles de chansons : Tous les oiseaux ou Lettre à France de Polnareff font partie de mes préférées. Et César et Rosalie demeure l’un de mes films favoris.

Jean-Loup Dabadie me fait à la fois penser à Jean d’Ormesson et à Michel Legrand sans que je parvienne à expliquer pourquoi. Il me semble intuitivement faire partie de leur famille.

Avant l’émission, Jean-Loup Dabadie était très attentif à son programme, aux interprétations, aux moindres détails. Il était soucieux de savoir si nous avions bien tout trouvé. Deux fois, je l’ai vu froncer les sourcils, mais je l’ai rassuré. J’ai compris à ce moment-là que cet orfèvre des mots était un perfectionniste en toute chose et qu’il attendait la même chose en retour de la part de ceux à qui il accordait sa confiance. Son éternel sourire aux lèvres cache une angoisse de bien faire, de sonner juste. Il avait le trac. Son esprit critique ne prend pas de vacances (il a taclé par deux fois une invitée récente), mais il se l’applique d’abord à lui-même.

Au début de l’émission, il se cachait derrière un fleuve de mots colorés et enivrants – « Parler de soi est parfois une manière de se dissimuler », dit notre brave Nietzsche – et puis il y a eu Kathleen Ferrier. Il n’a pu retenir ses larmes et, à partir de ce moment, on l’a senti plus à nu, vibrant, plus détendu aussi.

Voici son programme :

– morceau préféré: MOZART Messe en Ut m, Kyrie, Margaret Marshall

– madeleines: PUCCINI Bohème, « grand air » de Rodolphe « Che gelinda manina », Errico Caruso

                  Frères Jacques Général Castagnetas

                  SCHUBERT Messe en sol M D167, ensemble vocal Michel

Piquemal, ensemble orchestral Harmonia Nova, Nathalie Stutzmann

– autres morceaux: HAENDEL Ombra mai fu, Kathleen Ferrier

                  BACH Concerto italien en ré m BWV 596, Sicilienne,

Alexandre Tharaud

 HAYDN Sonate pour piano en Ut m, andante, Brendel

 L’âme des poètes, Charles Trenet