“Les Algériens veulent réparer leur pays et non le quitter” estime Benjamin Stora, spécialiste du Maghreb.

Benjamin Stora, historien spécialiste du Maghreb, était l’invité de Renaud Blanc ce vendredi 8 mars 2019, à 8h15.

 

Un nombre de départs vers la France surestimé

“Il peut y avoir des migrations mais dans leur immense majorité les Algériens veulent réparer leur pays et non le quitter” a déclaré l’universitaire. Il a rappelé que les chiffres de départs vers la France durant la guerre civile (1991-2001) “n’ont pas été aussi importants qu’on le croit. Il y a eu à peine plus de 100 000 Algériens en 10 ans”. Benjamin Stora affirme par ailleurs “qu’aucune grande puissance internationale n’a intérêt à la déstabilisation de l’Algérie”

Le risque islamiste

“Les islamistes ne sont pas à l’origine de ce mouvement” estime Benjamin Stora. Il nuance : “la société algérienne est une société musulmane. Le piétisme est très développé. Dans des dynamiques politiques et s’il y a des affrontements, les islamistes peuvent se manifester à nouveau. C’est une hypothèse qu’il ne faut pas écarter” explique-t-il. Toutefois, “l’engagement des artistes, des intellectuels, de l’ensemble de la presse, y compris celle qui est proche du pouvoir fait pour l’instant obstacle à des possibilités de chaos ou de déstabilisation”

Le réveil de la société civile

La force du mouvement, c’est le réveil de la société civile” analyse Benjamin Stora. Abdelaziz Bouteflika se retrouve dans une situation “inédite”. A la mobilisation de la jeunesse s’ajoute celle de la “très importante” organisation nationale des anciens combattants en Algérie “ qui soutient les manifestants.” Il poursuit : “ l’ordre national des médecins met en garde contre l’édification de faux certificats médicaux : c’est une grande première !” L’historien date ce sursaut de la société en 2001 où “des manifestations monstres” et des “marches gigantesques qui touchent toutes les villes d’Algérie” ont eu lieu.

Bouteflika, un “animal politique” en voie d’extinction ?

Pour l’historien, Abdelaziz Bouteflika est “un animal politique” qui incarne “un peu l’histoire de l’Algérie depuis l’indépendance de 1962”. Il le dépeint comme un homme “intelligent”, “érudit”, en rappelant qu’il a été ministre des Affaires étrangères pendant 15 ans. Selon le spécialiste du Maghreb, “c’est la question du cinquième mandat qui ne passe pas. Ce n’est pas tant la personne, les partis politiques, ou la situation de blocage du pays” L’universitaire explique que c’est “la volonté de se faire respecter” qui s’exprime dans cette contestation. “La question de la transparence est véritablement à l’ordre du jour”, un sujet porté par la jeunesse et les mouvements de femme assure-t-il

 

Arthur Barbaresi