Leonid Gavrilov, russe, français et musicien

La première maman de Leonid Gavrilov fut la Russie, la seconde est la France. Deux pays qui ont un rapport fondamental, de l’ordre du sacré, de l’ordre de l’essence, avec l’art, l’histoire et la littérature.
Depuis la création de Passion Classique, de nombreux auditeurs me demandent d’inviter, de temps à autre, une personnalité non connue, mais qui gagnerait à l’être. Lorsqu’on m’a annoncé que Radio Classique allait consacrer une semaine à Serge Prokofiev, je me suis dit que le meilleur moyen d’entrer dans l’âme russe était de recevoir un Russe qui, à mes yeux, avait conservé cette fraîcheur d’âme et cette noblesse de caractère tout en étant un humble professeur de piano de la région parisienne.
Leonid Gavrilov est un ami. Lorsque je travaille un morceau de musique – comme on dit un morceau de pain ou un morceau de lune – je le lui joue et je suis toujours émerveillé par la justesse de son jugement, sa hauteur de vue et la profondeur de ses remarques. Lorsque j’étais un jeune journaliste aux dents longues, avide de succès faciles et friand de rhétorique brillante, il a lu plusieurs de mes articles dans Le Monde de la Musique, et m’a dit : « Je n’ai rien contre les critiques, ils ont leur utilité. Mais ce qui doit t’animer au plus profond, c’est de servir la Musique. » Cela m’a fortement impressionné et je n’ai plus considéré mon métier de la même manière. Dans une certaine mesure, je suis entré en religion. Tout en écrivant, tout en poursuivant ma route, j’ai continué à travailler mon instrument pour garder ce contact fondamental avec la musique, pour la tutoyer, comme les croyants disent « Que Ton nom soit sanctifié » et non pas Votre nom… Leonid est là pour me remettre sur les rails, quand j’en éprouve le besoin.
Il écrit des poèmes, que personne n’a jamais lus et qui, j’en suis sûr, sont d’une valeur exceptionnelle. Si un éditeur était à l’écoute et ressent la curiosité de les faire traduire et de les lire, peut-être que ce petit pas pour l’homme deviendra un grand pas pour l’humanité.
Voici son programme :

1. Prokofiev : 7ème sonate (2e mvt). Interprété par S. Richter.
2. Mozart : 18e Concerto pour piano 2ème mouvement. Interprété par Martha Argerich.
3. Bach : Clavier bien tempéré, 1er volume, Prélude et fugue n°8. Interprète au choix.
4. Tchaïkovski : dernière partie de la Symphonie n°6.
3 Madeleines :
1. Thelonious Monk : Roud about Midnight
2. Earth, Wind and Fire (groupe américain): Fantasy.
Bach: Jésus que ma joie demeure. Interprété par Dinu Lipatti ; arrangé par Myra Hess.