Le supermarché des images : Une exposition qui en met plein la vue

Dans un monde saturé d’images, faut-il aller au musée pour réapprendre à voir ? Jusqu’au 7 juin 2020 au Musée du Jeu de Paume, les œuvres de l’exposition « Le supermarché des images »  interrogent la saturation de l’espace du visible. De leur production en passant par leur échange jusqu’à leur stockage, les images envahissent notre quotidien.  

 

« C’est une œuvre d’art ce mec » 

 

L’art n’est pas toujours là où on l’attend. A peine entré dans la section « matières premières » de l’exposition, une « oeuvre » vivante capte toute notre attention. Face à nous, un visiteur au visage entièrement tatoué. Ou quand l’image se superpose à l’image… La mise abîme est déroutante. Une femme demande à l’homme énigmatique si elle peut le prendre en photo avec son portable. Il accepte avec embarras. Une fois l’image produite, l’homme au visage-image accélère le pas puis s’éclipse. Contrarié. La femme nous confiera immédiatement son ébahissement : « C’est une œuvre d’art ce mec ! (…)». Elle nous proposera, sans que nous en fassions la demande, de nous envoyer la photographie. L’anecdote est assez éloquente. De leur production à leur circulation puis à leur stockage, toutes les phases de la vie d’une image sont concentrées dans cette courte séquence.

 

Travailler l’image et image du travail  : quelques centimes par like…

L’exposition nous rappelle que derrière ces images, il y a souvent du travail humain. Elles sont plus de 3 milliards à être partagées chaque jour sur les réseaux sociaux. Ce déferlement pose question de la valeur esthétique mais aussi marchande du visible. De nombreuses oeuvres s’empare de cette nouvelle économie du numérique. ClickWorkers de Martin Le Chevallier rend hommage, à partir de récits fictionnels, aux travailleuses du clics  : des femmes invisibles au travail ingrat et peu rémunéré « Je regarde des photos de cul, de décapitation, des trucs comme ça et je les tague ».  Et de poursuivre : « On vend des likes par paquets de mille. Des likes au kilo. On passe nos journées à liker. » Dans tous les continents, ces filtres humains modèrent dans l’ombre. On ne voit jamais les personnages incarnés par les voix. Ces invisibles voient ce que nous ne voyons pas et rend la toile supportable. Mais à quel prix ?

 

 

3 milliards d’images sont partagées chaque jour sur les réseaux sociaux

Le supermarché de l’image  et le motif de l’argent  

Après l’économie de l’image. L’image de l’économie. L’argent, motif visuel récurrent, occupe une place centrale de l’exposition. De l’inflation des images à l’inflation économique : il n’y a qu’un pas.  Des films de Robert Bresson et de Hans Richter, en passant par les images de vidéosurveillance de distributeurs de Sophie Calle : l’exposition évoque les implications économiques de l’image.  « Le supermarché de l’image » a le mérite de s’attaquer à un enjeu majeur du monde contemporain : notre rapport à l’image à l’ère du numérique. En sortant du musée, on se pose forcément la question: une exposition si dense n’est-elle pas l’illustration de ce qu’elle dénonce ? Le trop plein d’images…

 

Arthur Barbaresi 

 

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