Le « sixième sens » de Lang Lang

 Olivier Bellamy reçoit Lang Lang sur Radio Classique

  1. Lorsqu’on parlait de Sigismond Thalberg (le grand rival de Franz Liszt), on évoquait sa « troisième main », un effet surprenant qu’il obtenait en jouant des contre-chants avec ses deux pouces, au milieu du clavier. Lang Lang, dont les moyens sont phénoménaux, mais dont le goût et la culture ont parfois été en deçà de ce qu’on est en droit d’attendre d’un grand virtuose qui s’attaque à des chefs-d’oeuvre musicaux, parle de « sixième sens » à développer à propos de l’éducation musicale des enfants. Une jolie expression, heureuse et bienvenue. La musique apporte une dimension en plus, une sensibilité, un chemin vers la transcendance, qui est à la portée de tous, pour peu qu’on puisse y avoir accès. J’ai longtemps été assez critique avec Lang Lang qui me semblait manquer de maturité et de profondeur. « Les jeunes pianistes sont comme les pamplemousses, disait Horowitz, ils sont cueillis trop tôt ; il faut les laisser mûrir ». On n’est pas obligé d’aimer tout le monde, mais, au travers de certains enregistrements, Lang Lang m’a heureusement surpris. Il faut se garder d’avoir des avis trop définitifs et ne pas hésiter à les réviser à l’aune d’une expérience nouvelle. Longtemps, j’ai détesté le rap et je me suis parfois surpris à être touché par certains textes, dont l’agressivité ne cache pas toujours un vide de la pensée et un style basique.

A propos de Lang Lang, Daniel Barenboïm, à qui j’avais confié mes réticences, m’avait dit : « Donnez-lui cinq ans, le temps de se trouver. » Le succès et le marketing vont parfois trop vite, et tout le monde n’a pas la force d’une Martha Argerich qui avait refusé d’enregistrer un disque chez Deutsche Grammophon parce qu’elle ne se sentait pas prête.

Quatre ans ont passé depuis ma première interview de Lang Lang et j’ai l’impression que ce garçon a considérablement évolué. Il est intéressant, intelligent, à l’aise dans ses baskets. A la fin de l’émission, nous nous sommes spontanément embrassés. Chose inconcevable la première fois.

2. J’ai lu avec une grande attention les avis de chacun sur ce blog, en particulier ceux d’Eliane et de Samuel. Les commentaires sont un espace où la pensée est libre et démocratique, mais la liberté et la démocratie comportent des règles. Des personnes de grande qualité de coeur et d’esprit prennent la peine d’exprimer leur pensée avec générosité, humour et esprit d’ouverture. Je ne veux pas qu’elles soient la proie de certaines personnes, qui ne se donnent pas la peine de respecter les autres. Il ne s’agit pas d’être gnan-gnan ou édulcoré, mais de vivre ensemble en harmonie. Et puis zut, c’est mon blog, j’ai quand même le droit d’y faire entrer qui je veux ! Si l’on veut déverser sa bile ou afficher sa mauvaise humeur, on ouvre son propre blog ou son site. Chacun a le droit d’afficher son désaccord, à condition de choisir ses mots et non pas de déposer son avis comme on pisse contre un réverbère. Du genre : « nulle cette émission » ou « quel crétin celui qui parle ». Les habitués de ce blog savent bien que les avis exprimés y sont très diversifiés, on devine très bien les personnalités de chacun, mais l’intérêt, c’est d’apporter quelque chose aux autres, pas d’exprimer un avis qui n’intéresse personne, d’autant que, comme le fait justement remarquer Samuel, ces avis sont souvent anonymes, donc peu estimables. Il est minuit, je fais des heures sup, je devrais être au lit, ce n’est pas pour se faire engueuler par-dessus le marché ! Bon, au dodo, maintenant. Amitiés à tous.

Voici le programme de Lang Lang
Ibéria d’Albeniz (Lang La,g)
Madeleines
Rhapsodie n° 2 de Liszt (Horowitz)
Polonaise « Héroïque » de Chopin (Rubinstein)
Le Beau Danube bleu de J. Strauss (Carlos Kleiber)
Programme :
Sonate « Appassionata » de Beethoven (1er mvt) par Lang Lang
Concerto n° 5 de Beethoven par Barenboïm (piano et direction)
Concerto n° 1 de Tchaïkovski (1er mvt) par Gary Grafman
Concerto n° 1 de Beethoven (3e mvt) par Christoph Eschenbach et H. von Karajan
Mélodies d’amour
Concerto n° 2 de Chopin (2e mvt) par Lang Lang
« Casta Diva » de la Norma de Bellini par Maria Callas
air napolitain par Luciano Pavarotti