Le rêve d’Amaury Vassili

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Le hasard de la programmation veut qu’un jeune chanteur de « pop lyrique », Amaury Vassili, succède à Renaud Capuçon.
Personne ne contestera le fait qu’il est plus difficile de jouer l’intégrale des sonates pour violon et piano de Beethoven que des airs semi-lyriques avec un micro. Mais, en même temps, les prétendants au monde de la variété sont plus nombreux. C’est un univers moins protégé, plus cruel et plus cynique. Comme nous l’a justement rappelé le contre-ténor Andreas Scholl récemment : on a plus de chances de réussir dans le répertoire classique si l’on est bon que dans le domaine de la variété, où le public est moins exigeant artistiquement. Et durer est une autre paire de manches. Pour un Charles Aznavour, combien de rêves brisés et de chemins interrompus ? Un artiste, de quelque bord qu’il soit, a besoin d’être entendu. Il ne choisit pas toujours son public. Patrick Bruel, qui est l’un des artistes les plus complets et les plus intelligents de sa génération, a dû longtemps se contenter d’être l’icône des gamines de collège. D’autres, moins gâtées intellectuellement, comme Chantal Goya, ont vécu une longue traversée du désert avant d’être remis au devant de la scène par le public gay, par goût de la dérision régressive, puis de retrouver son premier public de classes de maternelle qui avait grandi. Et que dire de Sylvie Vartan, qui vient de sortir l’un des meilleurs disques de sa carrière, mais qui ne se vend pas.
Roberto Alagna a commencé par chanter de la variété dans des pizzerias avant de conquérir les grands théâtres lyriques. Il avait une voix, il a travaillé et il a eu de la chance, trinité incontournable. Aujourd’hui, il est revenu à ses premières amours tout en poursuivant sa carrière lyrique, s’engouffrant dans la brèche ouverte par son mentor Lucciano Pavarotti.
Quel est l’avenir qui attend Amaury Vassili ? Nul ne le sait. Aura-t-il la chance de rencontrer les gens qu’il faut pour évoluer artistiquement ? En aura-t-il le courage ? Il a vingt et un ans, c’est un garçon charmant, agréable, ouvert. Sa voix est belle, posée, le timbre original. Il a des atouts pour réussir, mais son staff le suivra-t-il s’il éprouve le besoin d’aller vers des chemins plus difficiles ? Sa maison de disques le soutiendra-t-il si les ventes de son album baissent et que le public s’entiche d’un nouveau rossignol à la voix de miel ? Nul ne le sait. Il accepte docilement d’être considéré comme un produit. Il n’a pas le choix. C’est le marché qui décide, comme disent les économistes impuissants. On le présente comme « le plus jeune ténor du monde », alors qu’il est baryton Martin (tessiture rare, entre le baryton et le ténor), mais qu’il n’a pas acquis une technique lui permettant de chanter sans micro. On le coiffe et on l’habille pour qu’il plaise aux « mamies » et aux « fillettes ». Il accepte tout cela parce qu’il sait qu’il a la chance de vivre un rêve que partagent des milliers de garçons et de filles de son âge.
Souhaitons-lui bon vent. Il le mérite.
Voici son programme :
Madeleines :
– Amsterdam de Brel.
– Savoir aimer de Florent Pagny.
– Les lacs du Conemara de Michel Sardou.
Les melodies d’amour :
– Lettre a france de Michel Polnareff!
Les titres classiques :
– L’aria de Bach.
– Le requiem de Mozart, début
– La sonate pathetique de Beethoven – 2e mvt
– Nessun dorma de Puccini par Pavarotti
Nouvel album de Vassili Amaury : Cantero