Le rapport paradoxal des Français au travail

Au lendemain de la publication par Pôle Emploi des chiffres du chômage 2019, le journal l’Opinion se réjouit de la situation économique de la France. Le magazine Challenges s’étend de son côté sur la valeur travail.

 

Un pays en grève, malgré un pouvoir d’achat qui augmente

La France n’est pas un pays comme les autres. Au lieu de dire que l’emploi progresse, les journaux préfèrent annoncer que le chômage diminue. Le pays est tellement obnubilé par le Graal de la retraite qu’il oublie que son financement repose avant tout sur l’emploi. La baisse du chômage fait la Une des Echos, du Figaro Economie, du Parisien. Jamais le taux d’inactivité n’a été aussi bas depuis 6 ans. Ce constat réjouit le journaliste Nicolas Beytout dans son édito paru dans l’Opinion. Le pouvoir d’achat augmente, le travail progresse, l’économie se transforme pour intégrer les contraintes climatiques. Malgré cela, le pays divisé vit au rythme des grèves, des rassemblements sur les ronds points et des manifestations hebdomadaires.
L’économie et le social est une question d’ambiance et de climat. La priorité du pouvoir devrait être de donner au pays davantage confiance en lui. Pour lui redonner confiance, que faut-il ? De la reconnaissance et des récompenses. « L’employé du mois » est un outil, comme les étoiles du guide Michelin, qui marche. Tous les nouveaux étoilés sont célébrés, encensés par la presse régionale, parce qu’un restaurant gastronomique distingué entraîne tout un territoire. Cela met un coup de projecteur sur un chef mais aussi sur toute la filière alimentaire d’une région.

 

Voyagiste et photographe : les métiers préférés des Français

Challenges ose titrer cette semaine sur « le plaisir du travail » ; une vraie provocation dans un pays obsédé par la retraite. L’hebdomadaire économique interroge le philosophe André Comte Sponville sur les cause du bonheur au travail. Dans sa grande sagesse, Comte Sponville répond ceci : nous sommes heureux au travail quand nous avons le sentiment d’être utiles, de participer à une aventure collective, intéressante, exaltante parfois ; le sentiment d’être reconnus, respectés, de travailler dans une ambiance conviviale, amicale parfois, d’appartenir à une équipe et de créer du lien.
Challenges publie également le palmarès des métiers qui font rêver les Français. De quoi se poser des questions… Les sondés ont placé en première position deux professions totalement sinistrées : voyagistes et photographe. Le premier a été décimé par les plateformes de réservation. Le deuxième souffre des difficultés de la presse et du marché publicitaire. Arrivent ensuite les professions de scientifique, fleuriste et cuisinier. Policier attire en revanche beaucoup moins. Pas étonnant, au vu de la Une du Figaro ce matin.

 

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Une augmentation de 24% des saisines de l’IGPN

Agressées, surmenées, critiquées, confrontées à une violence croissante et soumises à la pression des réseaux sociaux, des politiques et des médiats, les forces de l’ordre se sentent malmenées. Le Figaro cite un chiffre : 104. C’est le nombre d’enquêteurs de l’Inspection Générale de la Police Nationale qui croulent sous les procédures mettant en cause des membres des forces de l’ordre. L’activité des « Bœufs-Carottes », à savoir la police des polices, a fait un bond de 24 %.
Entre les manifestants les plus violents, l’œil des téléphones portables, la pression des réseaux sociaux, le cadre légal et les exigences du pouvoir politique, les policiers se sentent pris, selon un responsable de la Police, entre le marteau et l’enclume. La défiance va plus loin au sein du syndicat UNSA Police, au regard de la pression exercée sur les policiers au plus haut niveau de l’Etat. « L’Elysée ne va quand même pas se mettre à sermonner la Police alors que le premier à avoir dérapé est un certain Alexandre Benalla ».

 

 

François Fillon serait obsédé par Nicolas Sarkozy

Mais d’autres corporations ont le blues. L’Opinion fait sa une sur les énarques qui se rebiffent, alors que l’Etat envisage de supprimer l’ENA. Libération met l’accent sur le Burnout des bénévoles chargés d’aider ou d’accueillir les migrants. Le journal tire un portrait tout en sobriété d’Adama Cissé, l’agent de propreté franco-malien, l’éboueur le plus célèbre de France, employé de la société de Derichebourg qui fut photographié allongé pendant sa pause et dénoncé à son employeur à la fin de l’année 2018. Au-delà du buzz, derrière la photo qui a circulé sur les réseaux sociaux, il y a une vie que raconte Libération avec juste ce qu’il faut de distance et d’empathie. Licencié pour une pause qui a excédé les 20 minutes réglementaires, l’homme a surtout entraîné une polémique suffisamment importante pour déranger la mairie de Paris, qui s’est sentie obligée de contacter son employeur.
Autre portrait, dans le Figaro cette fois, celui d’un homme en costume impeccable, qui a perdu le job pour lequel il était le favori. En l’occurrence, François Fillon. L’ancien candidat à la présidentielle prépare son procès qui débutera le 24 février et sera l’invité de l’Emission Politique jeudi prochain. Visiblement ce passage sur les écrans de télévision inquiète son entourage. « Fillon est obsédé par Sarkozy, rapporte le Figaro. J’ai peur qu’il lui mette deux ou trois cartouches et qu’on replonge tous dans un mauvais feuilleton ». Réponse jeudi ou, au plus tard, durant son procès.

 

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Benjamin Grivaux tente de séduire les Villanistes

Les Marcheurs font face au piège des exclusions. Le Parisien – Aujourd’hui en France consacre une double page au problème posé par la dissidence de Cécric Villani. Le président de la République qui le recevait dimanche n’a pas réussi à le convaincre de se rapprocher de Benjamin Griveaux. Le candidat officiel de La République en marche lançait hier soir ce que le Parisien appelle « une opération séduction » en direction des Villanistes. Il a ainsi réuni lors d’un meeting au Théâtre Bobino 900 personnes dont 14 ministres. Devant ses soutiens et futurs électeurs, il a eu cette phrase : « Je sais à quel point Cédric peut être attachant. Je sais qu’ils ont aimé chez lui ce qu’ils ne retrouvaient pas chez moi : davantage de naturel, une part de fantaisie et de sensibilité ». Benjamin Grivaux  aurait ensuite fendu l’armure, à en croire le Parisien : il a confié « ses angoisses », « ses drames personnels », et sa carapace forgée pour se protéger de « la violence de la vie politique ». Il me reste 7 semaines pour dire ma part de vérité, ajoutera-t-il.

 

David Abiker

 

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