Le grand bluff sincère de Claude Lelouch

  Olivier Bellamy reçoit Claude Lelouch sur Radio Classique

 Claude Lelouch est comme la France : on l’aime ou on le quitte. Rarement un réalisateur aura été autant brocardé. Certains diront qu’il l’a bien cherché. Comme notre Berlioz national, il est célébré à l’extérieur de nos frontières et régulièrement fustigé chez nous. Ils ont en commun un sens très aigu de la publicité et un penchant pour les grands sujets tentaculaires. Mais sait-on que Stanley Kubrick adorait son film « La Bonne Année » et qu’il l’avait fait découvrir à Tom Cruise au moment de « Eyes Wide Shut » ?

Avant l’émission, il est arrivé une demi-heure en avance, tout seul, à pied. Il voulait qu’on prenne un café ensemble et sans doute renifler un peu le type qui allait l’interviewer. Il savait que j’avais beaucoup aimé son film. On n’est pas là pour se faire engueuler non plus ! Nous sommes allés au bistrot du coin et une dame est venue le voir : « Merci pour vos films et surtout continuez longtemps à en faire. » Il y a peu de réalisateurs qui suscitent une sympathie populaire aussi forte du public.

Claude Lelouch est à l’image des Russes. Une seule chose compte : la sincérité. Une vertu qui a du mal à passer chez les critiques français. En même temps, c’est un grand bluffeur, il l’avoue lui-même : « Il y a deux sortes de metteurs en scène : les joueurs d’échecs et les joueurs de poker. J’appartiens à la deuxième catégorie ». Michel Legrand et Maurice Béjart aussi. L’un est parti aux Etats-Unis, l’autre en Belgique puis en Suisse. Les échecs est un sport d’adultes, le poker est un jeu de grands gosses qui ont refusé de grandir. Les joueurs de poker qui durent sont une espèce très rare. Généralement, ils finissent à poil et on n’en entend plus parler. Renaître sans cesse de ses cendres aura été le destin de Claude Lelouch. Splendeurs et misères…

On aime ou on n’aime pas son cinéma, mais c’est du vrai cinéma, pas de la littérature déguisée, pas du théâtre transposé. Bien qu’il en connaisse mieux que quiconque les arcanes et les rouages, il demeure un amateur. « Je préfère qu’on dise de moi que je suis un amateur, disait Orson Welles, car, dans amateur, il y a le verbe aimer. »

Voici son programme (tout n’a pas été entendu, c’est qu’il est bavard l’animal) :

Francis Lai : thème de « Un homme et une femme »

Madeleines

Stormy Weather par Lena Horne (chanson du film)

Charles Trénet : Que reste-t-il de nos amours

Gilbert Bécaud : C’est en septembre

Programme :

Concerto n° 2 de Rachmaninov – 1er mouvement (Richter)

Boléro de Ravel

Symphonie n° 9 de Beethoven – 2e mvt

Mozart : Concerto n° 18 – 2e mvt

Francis Lai : Itinéraire d’un enfant gâté

Mélodies

Charles Aznavour : Je n’attendais que toi (Edith et Marcel)